06 novembre 2007

RD Congo : justice caporalisée, liberté en péril

Où va la justice congolaise ? C’est la terrifiante question qui revient dans la bouche des observateurs avertis. Et pour cause, samedi 3 novembre, le tout-Kinshasa politique a assisté à la cérémonie de la «rentrée judiciaire 2007». Pour la petite histoire, la manifestation s’est déroulée au Palais du peuple – et non dans la salle d’audience de la Cour suprême de justice … - en présence de Joseph Kabila et des membres du gouvernement. Les présidents de deux Chambres étaient également présents. Sans oublier les membres du corps diplomatique accrédité à Kinshasa. Maître de cérémonie, le Procureur général de la République (PGR), le très controversé Tshimanga Mukeba, y a vu une occasion privilégiée pour renouveler, à la face du monde, sa soumission à l’égard du «raïs». Au cours de la lecture de sa mercuriale, ce haut magistrat – le plus gradé dans la magistrature debout – a annoncé sans rire que dorénavant « l’action publique ouverte sur le fait infractionnel relatif à l’offense envers un chef de l’Etat ne sera plus désormais subordonnée à une plainte en République démocratique du Congo (RDC) ». En langage profane, cela revient à dire que l ‘appareil judiciaire congolais se considère à l’avenir saisi d’office dès qu’il estime que la personne du chef de l’Etat a été offensée par un écrit ou une opinion. Et ce, que l’intéressé porte plainte ou pas. Tshimanga n’étend cette mesure aux dirigeants étrangers que pour atténuer le ridicule. Dans son envolée oratoire, le PGR a donné la preuve de la caporalisation de la justice congolaise par le pouvoir politique. On attendait un juriste soucieux de la protection des droits et libertés, on n’a trouvé qu’un pâle magistrat-politicailleur, corrompu, qui s’est mis à jouer au "caporal en chef" chargé de défendre les intérêts moraux d’un homme : Joseph Kabila. Sans la moindre vergogne, Tshimanga n’a pas hésité à stigmatiser « le comportement de certains acteurs politiques et médias » qui, selon lui, « au nom de la liberté d’expression reconnue par la constitution, n’hésitent pas à outrager les institutions et leurs animateurs » ! Quelle honte pour la justice congolaise? Afin que nul ne l’ignore, le magistrat a fait savoir qu’il a instruit les procureurs généraux près les Cours d’appel aux quatre coins du pays
«d’appliquer chacun, dans son territoire judiciaire, la procédure de flagrance afin de lutter contre l’impunité en la matière ». Cette déclaration du Procureur général de la République viole notamment les articles 23 et 24 de la Constitution. Le premier reconnaît à toute personne le droit à la liberté d’expression. Un droit qui implique la liberté d’exprimer ses opinions ou ses convictions. Le second énonce non seulement que toute personne a droit à l’information mais consacre la liberté de la presse. Après avoir fait museler une quarantaine de médias par l’entremise du ministre de l’Information, Joseph Kabila semble poursuivre son offensive contre ses contradicteurs. Est-ce pour prévenir tout ce qui pourrait être dit dans les jours, semaines et mois à venir sur l’implication des plus hautes autorités du pays dans la conclusion de contrats léonins en matière minière ? Personne n’ignore les conditions matérielles difficiles dans lesquelles fonctionnent les magistrats. Ces conditions ne peuvent en aucun cas justifier la prostitution à laquelle se livrent certains membres de cette noble profession tant vis-à-vis des détenteurs des pouvoirs politique qu’économique. La justice a pour mission de protéger les plus faibles. Les magistrats du Parquet, payés par les deniers de la République, vont donc se muer en « petits soldats » chargés de défendre la citadelle assiégée de Joseph. Kabila et ses magistrats véreux pourraient cette fois se tromper énormément. L’heure est venue de traiter ces individus en ennemis des droits et libertés. Que conclure, dès lors, sinon d’appeler les Citoyens à user de leur droit de résistance à l’oppression face à un pouvoir inique. Un pouvoir qui dissimule de moins en moins une certaine paranoïa.

B. Amba Wetshi

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