14 novembre 2007
Cas du sénateur Mongulu : la démocratie en péril (Pot)
Le Sénat s’est saisi, en sa plénière d’hier mercredi, du cas du
sénateur Mongulu, ancien Procureur général de la République, victime
d’une perquisition à domicile, dans la journée du dimanche 12 décembre
par une équipe mixte des militaires et policiers. Et ce, en violation
flagrante de l’article 107 de la Constitution portant « immunités et
incompatibilités » qui stipule : « Aucun parlementaire ne peut être
poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé en raison des options ou
votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions».
Aucun parlementaire ne peut, en cours de sessions, être
poursuivi ou arrêté, sauf en cas de flagrant délit, qu’avec
l’autorisation de l’Assemblée nationale ou du Sénat selon le cas.
En dehors de sessions, aucun parlementaire ne peut être
arrêté qu’avec l’autorisation du bureau de l’Assemblée nationale ou du
Sénat, sauf en cas de flagrant délit de poursuites autorisées ou de
condamnation définitive. La détention ou la poursuite d’un
parlementaire est suspendue si la Chambre dont il est membre le
requiert. La suspension ne peut excéder la durée de la session en cours
».
Le sénateur Mongulu a été l’objet d’un mandat de perquisition
et d’arrestation alors que le Sénat est en pleine session. Le Bureau du
Sénat n’a jamais été sollicité et le sénateur Mongulu n’a pas été pris
en flagrant délit. C’est déjà une violation de la Constitution.
LES FAITS
Selon le ministre de la
Justice qui a été invité à répondre à une question d’actualité,
l’auditeur militaire qui a établi la réquisition, l’aurait fait sur
base d’une information relative à une cachette d’armes dans une
parcelle appartenant à feu Mungul Diaka. C’est ainsi qu’un Inspecteur
judiciaire et une équipe de militaires et policiers se sont rendus sur
la parcelle indiquée qui n’était que celle du sénateur Mongulu. Sur
place, ils ont procédé à des fouilles tant à l’intérieur de la maison
que dans la parcelle même avant d’emmener ses deux enfants à
l’auditorat militaire pour interrogatoire. Le sénateur Mongulu qui
n’était pas sur place, mais ayant appris la nouvelle, a préféré se
cacher, vivre dans la clandestinité avant de réapparaître devant le
Sénat. On aurait trouvé chez lui, un fusil mauser et une cartouche
anti-aérienne (Sic).
De son côté, l’Inspecteur général de la Police qui a été
également entendu a rejeté les allégations portées contre la Police.
Celle-ci, d’après lui, n’a pas été associée à cette démarche judiciaire
et cette affaire dépend exclusivement de la Justice.
Après ces auditions, le débat a été ouvert, mettant à nu les
différentes incohérences et contradictions, jusqu’à donner à cette
affaire une allure d’un coup monté de toutes pièces pour des raisons
inavouées. Première incohérence, la résidence de feu Mungul Diaka est à
Ngaba et celle de sénateur Mongulu se trouve dans la commune de la
Gombe sur l’avenue de la Justice et non Lukusa, tel que mentionné dans
le mandat de perquisition. Deuxième incohérence ; il ne peut y avoir de
confusion de noms ainsi que l’a prétendu le ministre de la Justice. Il
y a Mungul Diaka, feu Premier ministre, et Mongulu T’Apangane, ancien
Procureur général de la République, et actuellement sénateur issu du
MLC. Pas de confusion possible. Quant à la contradiction, le sénateur
Nyarugabo l’a relevé. Il a dit que le rapport sur l’information portant
cachette d’armes a été rédigé le 11 novembre alors que le mandat de
perquisition a été établi le 10 novembre.
Ensuite, sur place, après que les enfants du sénateur Mongulu
ont décliné l’identité de leur père, les militaires et policiers, au
mépris de la loi et de la Constitution, se sont mis à fouiller la
maison, la mettant sens-dessus sens-dessous. Ce qui constitue une faute
grave et non une simple bavure. Pire, cette perquisition, telle qu’elle
a été ordonnée et exécutée, relève de l’amateurisme et de
l’incompétence. Ce qui a amené certains sénateurs à parler d’un acte
politique et non d’une erreur judiciaire. Que serait-il arrivé si le
sénateur Mongulu se trouvait sur place ? Que dire si cette perquisition
s’était déroulée dans une parcelle d’un simple citoyen ? Se sont
interrogés les sénateurs.
LA DEMOCRATIE EN PERIL
Après débat et
échange de points de vue, les sénateurs, toutes tendances politiques
confondues, ont convenu de mettre sur pied une commission, et ce après
avoir condamné en des termes sévères cet acte d’une autre époque. Cette
commission sera chargée de rédiger une résolution à transmettre au
président de la République et au gouvernement, dans les meilleurs
délais. Car, ont-ils estimé qu’il ne s’est pas agi d’un premier cas du
genre, ni isolé. En provinces, des députés provinciaux ne bénéficient
pas de la considération et sont entraînés devant la justice sans autre
forme de procès. Dernièrement, au Palais du peuple, un député national
a subi des sévices de la part des agents de la Police. Le cas du
sénateur Mongulu interpelle toutes les consciences sereines à telle
enseigne que le Sénat a décidé de tirer la sonnette d’alarme.
Car, au-delà de simples considérations, c’est le processus de
démocratisation en RDC qui est péril. Aussi, dans la résolution qui
sera transmise au président de la République, garant de la
Constitution, des sanctions exemplaires doivent être prises à l’endroit
de ceux qui ont entrepris cette perquisition. Le but est d’éviter de
tomber dans les erreurs du passé, avec des « coups montés et manqués »
; d’éloigner les attitudes d’intimidation qui donnent ainsi
l’impression de vouloir intimider l’opposition.
23:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





Les commentaires sont fermés.