16 décembre 2007

Kabila, l’homme seul

Une semaine après la reprise de Mushake par des insurgés commandés par l’ex-général Laurent Nkunda, Joseph Kabila paraît diplomatiquement isolé. Au plan intérieur, des dirigeants politiques et militaires sont, à tort ou à raison, suspectés d’être de connivence avec les assaillants du CNDP.

Selon des sources militaires à Goma, les insurgés du CNDP ont quitté les positions qu’ils occupaient, depuis une semaine, sur les collines surplombant la localité de Saké, située à une cinquantaine de kilomètres du chef-lieu de la province du Nord-Kivu. On assiste donc à une «légère décrispation» de la situation militaire depuis la reconquête de Mushake par les forces nkudistes. La diplomatie onusienne et américaine seraient pour quelque chose, indique-t-on. Dès le lendemain de cette prise, l’ex-général Nkunda avait invité Joseph Kabila à entamer des négociations. Une offre difficile à accepter quand on sait que le ministre congolais de la défense Chikez Diemu avait traité «Laurent» de «bandit de grand chemin». Négocier avec un bandit ? Il reste que le numéro un congolais semble pris dans son propre piège maximaliste. Il est désormais un homme seul. «Tout le monde lui avait déconseillé de recourir à la force des armes pour régler le problème Nkunda», confie un diplomate européen. Et d’ajouter : « Kabila a préféré écouter son ego et les faucons de son entourage. Il doit assumer l’échec…» La RD Congo était évoquée en marge du sommet européen de Lisbonne. Dans un communiqué initié par la Belgique, la France et la Grande Bretagne, publié vendredi 14 décembre, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont invité les belligérants à trouver une «solution politique». Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a eu, pour sa part, ces mots : « Nous sommes très inquiets de l’escalade militaire et de ses conséquences directes pour les populations civiles». Les signataires invitent les parties au conflit à conclure un «cessez-le-feu». Joseph fait face à un désavoeu diplomatique qui est à peine dissimulé. Dans les milieux onusiens à Kinshasa le «raïs» ne fait plus l’unanimité. Il lui est reproché ainsi qu’aux durs de son entourage de présenter la Mission de L’ONU au Congo en «bouc émissaire» des lacunes des pouvoirs publics congolais. Une semaine après la prise de Mushake, des bribes d’informations commencent à filtrer de Goma. Selon un officier des FARDC, plusieurs soldats ont perdu la vie dont des soldats angolais. « Les soldats originaires des provinces du Kivu ne veulent plus combattre », dit cette source qui fait état de plusieurs cas de désertion. Et d’expliquer : «Des militaires accusent les autorités politiques et militaires à Kinshasa de les envoyer dans une sorte de casse-pipe alors qu’ils sont de connivence avec Nkunda». Des soldats légèrement blessés auraient quitté l’hôpital à Goma de peur d’être renvoyés au front. A en croire notre interlocuteur, seuls les militaires venus des provinces de l’Ouest qui resteraient en place. Selon une source jointe au téléphone à Kinshasa, des observateurs commencent à pointer un doigt accusateur en direction de Joseph Kabila.
«Pourquoi a-t-il opté pour le mixage – au lieu de brassage - qui a permis à Nkunda et ses hommes de se déployer dans l’ensemble de la province du Nord Kivu ?», s’interroge-t-il. La MONUC avait en son temps tiré la sonnette d’alarme en dénonçant la présence des éléments issus de l’armée rwandaise parmi les «mixés». Selon une autre source militaire à Goma, ce qui s’est passé à Mushake n’est rien d’autre qu’une «défaite organisée». Pour elle, il est difficile de comprendre que 20.000 soldats bien équipés soient mis «en débandade» par 4.000 combattants. De son côté, Nkunda assure se battre pour « garantir la sécurité de la minorité tutsie ». « Nous refusons la discrimination qui consiste à nier la qualité de Congolais aux rwandophones », déclarait René Abandi porte-parole du CNDP. Que va faire Kabila ? Négocier ou poursuivre l’option militaire ? Quel est le contenu du volet politique de l’accord secret conclu à Kigali entre John Numbi et Laurent Nkunda ? Joseph est plus que jamais un homme seul face à son destin politique…

B.A.W

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