27 janvier 2009

Vital Kamerhe n’était pas au courant...

En votre qualité de président de l’Assemblée nationale, aviez vous été informé de l’entrée des troupes rwandaises en territoire congolais ?
Ma réaction a été celle de l’étonnement, comme je l’ai déclaré aux élus du Kivu et à Radio Okapi : je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit et je crains que le Congo ait conclu un marché de dupes. Voici que l’armée rwandaise a été autorisée à manœuvrer au Nord Kivu et au Sud Kivu, tandis que l’armée ougandaise mène déjà des opérations en Province Orientale contre l’Armée de résistance du Seigneur, la LRA…C’est comme si nous étions ramenés aux débuts de la première guerre, en 1996, lorsqu’avaient été conclus les fameux accords de Lemera entre Laurent Désiré Kabila et ses alliés du moment, le Rwanda et l’Ouganda…
A l’époque, ces deux pays voulaient intervenir militairement sur notre territoire pour neutraliser leurs opposants, mais en fait, ils voulaient accéder aux ressources du Congo et être présents dans les structures politiques congolaises. C’est pour mettre fin à cela que le 27 juillet 1998, Laurent Désiré Kabila avait exigé le départ de James Kabarebe, qui, à l’époque, était chef d’état major de l’armée congolaise ! Le 2 août, le même Kabarebe avait entamé la guerre à l’Est. Et le voilà qui revient maintenant au Kivu, avec l’accord de Kabila !
Ne s’agît-il pas de combattre les Hutus du FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) avec, en contrepartie l’arrestation de Laurent Nkunda ?
Lorsqu’après les accords de paix, tous les dirigeants du RCD Goma, la rébellion soutenue par Kigali, avaient gagné Kinshasa, Nkunda était resté en arrière. Il avait refusé de prêter serment, comme s’il demeurait en réserve, à la disposition de Kigali. Aujourd’hui, soumis à la pression de certains pays occidentaux (la Suède, les Pays Bas et même les Britanniques) Kagame le lâche. Et Kabila, lui, désamorce la pression qui était mise sur le Rwanda, comme Louis Michel, en disant que ça va aller, qu’un accord est en vue !

Quelles sont vos craintes ?
Je constate qu’en Province Orientale, où se déroulent des opérations conjointes contre la LRA, ce sont déjà 650 civils congolais qui ont été tués. J’ai bien peur pour les populations du Kivu :comment va-t-on faire pour distinguer les Hutus congolais des Interhahamwe, ces génocidaires rwandais qu’ils viennent chasser sur notre territoire ? A-t-on pensé aux dégâts collatéraux ?

Ensuite, je me demande comment, en quinze jours, une telle opération militaire peut réussir, si l’on sait que ces Hutus Interhahamwe sont chez nous depuis quinze ans, que l’armée rwandaise elle-même, alors qu’elle se trouvait au Kivu de 98 à 2002 n’y a pas réussi, pas plus que ses alliés du RCD, pas plus que Nkunda lui-même…Moi, ce que je crains, c’est que l’on plonge la région dans le chaos…

Où en sont le plan de sortie de crise proposé par l’Assemblée nationale et le Programme Amani ?
Tout cela a été balayé. Cependant, le plan de sortie de crise, que l’Assemblée avait soumis au gouvernement, traçait le cadre de nos relations avec le Rwanda et prévoyait le rétablissement des relations diplomatiques. Il proposait aussi une grande action humanitaire pour subvenir aux populations en détresse. Sur le plan politique, il était prévu d’examiner le cahier des charges présenté par le CNDP (Conseil national pour la défense du peuple) le mouvement de Nkunda.
Il était aussi prévu d’éradiquer les ex-FAR Interhahamwe, mais pas n’importe comment. Compte tenu de la faiblesse de notre armée, nous avions demandé qu’une force régionale de la SADC (conférence des Etats d’Afrique australe) l’Angola ou tout autre pays, appuyée par nos forces armées et par la MONUC puisse venir dans notre pays faire ce travail. Pour rassurer nos voisins, nous avions prévu qu’ils envoient ici quelques éléments chargés de faire du renseignement. Nous avions aussi souhaité l’appui d’une force européenne de type Artemis. Or voilà que nous invitons les troupes rwandaises sur le territoire congolais alors que nous sommes encore dans un processus de normalisation des relations diplomatiques ! N’est ce pas mettre la charrue devant les bœufs ?

LeCarnet de Collette Braeckman

21 janvier 2009

Traque des FDLR: entrée des troupes rwandaises au Kivu : Kinshasa piégé

(Le Potentiel 21/01/2009)

Fin de la guerre CNDP-FARDC. Début de la guerre FARDC-DFR contre les FDLR. Comme si jamais les armes ne devaient se taire au Kivu empêchant les populations locales à vivre en paix.

Quelles que soient les causes profondes de cette nouvelle guerre, on sait toujours comment une guerre commence mais jamais quand elle se termine. Exactement ce qui se passe en Ituri avec l’opération conjointe Ouganda-RDC-Soudan contre la LRA. Sans succès jusqu’ici, mais l’armée ougandaise est rentrée officiellement en RDC. Il en serait peut-être le cas avec le retour de l’armée rwandaise en RDC. Remake de 1996 ? La question reste posée.

Un ou deux bataillons de l’armée rwandaise est (sont) entré (s) en République démocratique du Congo, au Nord-Kivu à la hauteur de la localité Kibumba. Le nombre de soldats est estimé à 1500 ou 2000 hommes de troupe. Si l’on s’en tient aux premiers éléments d’information, il s’agit d’une opération militaire conjointe « FARDC-DFR » (armée rwandaise) pour neutraliser les hutu rwandais des FDLR.

Le retour officiel de l’armée rwandaise a été constaté hier mardi matin. Selon Mende Omalanga, ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, dans une déclaration à Radio Okapi et Télé 7, il a confirmé cette présence de l’armée rwandaise en RDC : « Nous avons lancé une invitation à l’armée rwandaise qui est venue avec des officiers de renseignements. C’est ça leur mandat. C’est une opération menée conjointement par les FARDC appuyées par la Monuc ».

Si cette opération est conforme aux accords du 5 décembre 2008 signés à Goma entre les responsables congolais et rwandais, accords dont le contenu n’est pas connu, la question est celle de savoir si cette opération a été planifiée en évaluant toutes les conséquences. Notamment, la durée de cette mission militaire, la protection des populations, l’implication de la Monuc, de l’Union européenne et du Parlement congolais.

Nkunda contre les FDLR

Les points soulevés sont d’une importance capitale. Certes, il est temps que l’on finisse une fois pour toute avec cette histoire des forces négatives étrangères. Particulièrement, les Hutu des FDLR qui causent désolation au sein des populations congolaises. Non seulement ils ont chassé les autochtones de leurs villages, ils volent, pillent, violent et tuent.

Ensuite, il fallait enlever tout prétexte au Rwanda de renvoyer ses troupes au Congo ou de continuer à soutenir les groupes armés en RDC pour déstabiliser les institutions nationales. Aussi, a-t-on soutenu le processus de normalisation des rapports avec le Rwanda. D’autre part, sur le plan régional et international, un programme existe, DDRRR, pour neutraliser et rapatrier les rebelles rwandais dans leur pays. En cas d’échec de ce programme, l’Accord de Lusaka prévoit la traque des FDLR avec le concours de l’Onu, disons de la Monuc.

Curieusement, les choses ne se déroulent pas selon ce schéma. L’armée rwandaise est rentrée, et à en croire les autorités congolaises, elles mèneront cette opération conjointe avec les FARDC. Or, l’armée congolaise, en pleine restructuration, devrait bénéficier du concours de la Monuc. Ce qui n’est pas fait pour autant que les autorités de la Monuc affirment qu’elles ne sont pas concernées par cette opération. C’est dire que tout sera fait par l’armée rwandaise conjointement avec les éléments du CNDP. Une opération qui prendra le temps qu’il faudra dans la mesure où le commandement échappe à Kinshasa. Pour arriver à ce stade, les sources concordantes parlent « d’un contrat passé » entre Kigali et Kinshasa. C'est-à-dire, neutraliser Nkunda pour permettre à l’armée rwandaise de rentrer au Congo sous prétexte de traquer les FDLR.

Opération contre la LRA

Tout indique que Kinshasa est tombé dans le piège sans tirer les leçons de l’opération contre la LRA. Jusqu’à ce jour, il est hasardeux de parler d’un quelconque succès de l’opération militaire menée par le Soudan, l’Ouganda et la RDC contre la LRA. Pire, ce sont les populations congolaises qui continuent à payer le lourd tribut avec 620 morts et des villages incendiés. Curieusement, l’armée ougandaise s’est bien installée à Dungu et ne pourchasse plus les rebelles ougandais. Bien au contraire, l’Ouganda demande à Kinshasa de prolonger sa présence au Congo en occupant les zones minières et pétrolières de la province Orientale.

Le même scénario risque de se produire au Nord-Kivu. D’abord, après deux agressions contre la RDC, en 1996 et 1998, l’armée rwandaise n’a jamais réussi à déloger les FDLR, même avec l’appui du RCD-Goma. Le CNDP n’a pas fait mieux. Il a préféré faire la guerre contre les FARDC plutôt que de traquer les FDLR. « Nous ne craignons pas cette opération. Jusqu’à présent, il n’y a pas encore d’affrontements et nos troupes ne sont pas à Kibumba. Une coalition pour une cause injuste ne peut atteindre ses objectifs. Nous n’avons pas peur. Le Rwanda est en train de distraire la RDC et la communauté internationale », a déclaré Ignace Murwarashhyale, président des FDLR.

A en croire les premières analyses, l’armée rwandaise s’installera à Masisi et Rutshuru, une « zone très riche ». Elle s’apprête à obliger les éléments du CNDP-Nkunda qui disposerait de 30% de l’effectif total du CNDP à rejoindre le CNDP-Bosco. Il s’ensuivrait une opération de mixage contrôlée par l’armée rwandaise qui prépare un long séjour au Nord-Kivu. Une zone qui échappera alors totalement à la gouvernance de Kinshasa.

Mais là où cela devient intrigant et inquiétant, c’est de savoir pourquoi a-t-on décidé de débuter cette opération conjointe militaire au moment où le Parlement congolais est en vacances et que le président de la République, conformément à la Constitution, n’a pris aucun décret pour confirmer officiellement le retour des armées ougandaise et rwandaise au Congo.

Les Communautés du Nord-Kivu protestent

En attendant des réponses à ces interrogations pertinentes, les représentants des communautés du Nord-Kivu, dans une déclaration rendue publique hier 20 janvier, protestent contre le retour de l’armée rwandaise au Congo. Ils dénoncent le caractère illégal et anticonstitutionnel de cette opération et invitent l’armée rwandaise à regagner son pays. Ils menacent de retirer tous les élus ou représentants des communautés du Nord-Kivu de toutes les institutions de la République si cette opération militaire se poursuivait.

Déclaration des communautés du Nord-Kivu face au retour de l’armée rwandaise en RDC

Depuis le dimanche 18/01/2009, la population du Nord-Kivu constate avec surprise et indignation l’entrée massive de l’armée rwandaise en République démocratique du Congo.

Cette entrée a surpris principalement à cause de l’annonce, quelques jours plus tôt, de la fin de la guerre par le CNDP, les FARDC et le PARECO à l’hôtel Ihusi à Goma la veille même, le samedi 17/01/2009.

Devant cet inquiétant développement de .la situation, ressenti par les natifs comme une nouvelle agression cautionnée par certains fils du pays animé par des intérêts personnels aux contours obscurs, les communautés du Nord-Kivu dénoncent : 1. Le caractère illégal et anticonstitutionnel de l’opération, engagée par des personnes non habilitées et ne figurant ni dans les Actes d’engagement signés par nous tous à Goma, ni dans le Communiqué conjoint de Nairobi, ni par les Recommandations de l’Union Européenne, ni dans les Résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité de l’ONU, ni dans ce qui était présenté comme agenda officiel des récentes négociations de Nairobi. 2.

L’inversion des priorités de la République: Les Congolais du Kivu, qui s’attendaient à voir tous les déplacés et réfugiés congolais retourner dans leurs milieux d’origine se voient plutôt imposer une nouvelle guerre entre étrangers sur notre sol, synonyme de nouvelles atrocités, de nouveaux génocides, de la poursuite de l’extermination des populations locales en vue d’un dépeuplement systématique. 3. L’absence j’un accord cadre déterminant les termes de référence, les limites spatiales et tempore les, le rôle de chaque intervenant, les conditions d’arrêt et surtout le chronogramme du retrait rapide et obligatoire des militaires étrangers et ce, au mépris des populations, des élus, des notables et des Institutions de la République. 4. L’absence totale de mesures de protection des populations au cours des opérations à venir, au retard des graves faiblesses observées par les opérations menées contre les rebelles de la LRA au détriment de nos compatriotes de la Province Orientale. 5. L’absence totale de toute implication de la Communauté Internationale et nos partenaires régionaux (SADEC, Union Africaine, CEAC, MONUC, UNION EUROPEENNE) alors que ces derniers ont, selon les accords de Goma, la responsabilité de la garantie de bonne fin du processus en cours.

Eu égard à ce qui précède, les communautés du Nord-Kivu: 1. Condamnent cette trahison et se réservent le droit d’user de tous les moyens à leur disposition pour faire échec à ce plan diabolique dont la finalité manifeste est de matérialiser la balkanisation de la République démocratique du Congo. 2. Demandent que l’armée rwandaise retourne chez elle sans délai. 3. Exigent que les filles et fils du Nord-Kivu se trouvant dans les institutions accordent au gouvernement 48 heures pour mettre un point final à la présence rwandaise en RDC. Passé ce délai, les ministres, Vices ministres tant nationaux eue provinciaux, les députés provinciaux et nationaux, les sénateurs, les mandataires publics de l’Etat devront faire le constat de la haute trahison et se retirer en vue de rejoindre le peuple qui doit se prendre en charge. 4. Demandent à la RDC, en cas d’opération nécessitant des interventions étrangères, de s’abstenir d’utiliser le voisin problématique et de se tourner plutôt vers d’autres partenaires, tels que la SADEC qui devront alors opérer sous mandat international. 5. Proposent à la communauté internationale d’inciter le Rwanda à organiser un dialogue inter rwandais pour mettre fin à ses contradictions interne~ et non les exporter indéfiniment en RDC. 6. Demandent aux congolais originaires de toutes les provinces, où qu’ils se trouvent de part le monde, de se souder comme un seul homme pour sauver la patrie en danger.

7. Demande à l’ONU, à l’Union Africaine, à la SADEC, à l’Union Européenne, d’user de toutes formes de pression pour arrêter la dérive du pouvoir en pic ce à Kinshasa qui, manifestement, ne respecte ni sa constitution, ni ses lois, ni l’intégrité de son territoire, ni même la vie de ses citoyens. Ainsi fait à Kinshasa, le 20/01/2009

Pour les Communautés du Nord-Kivu

14 janvier 2009

CPI : LE « DIESE » DE MORENO ASSAILLI PAR LES AVOCATS DE BEMBA

 

Le public venu assister au deuxième jour de l’audience CPI/Bemba a eu droit à un flot immense d’informations tant du coté de l’accusation que du côté de la défense.


 

 


L’accusation a ouvert les hostilités avec des récits pathétiques des personnes ayant en principe été violés ou torturés ou tués : enfants, femmes, hommes. En conclusion de tous ces récits : « Motifs substantiels de croire qu’il y avait assez d’éléments » pour condamner Bemba…

Si le procureur a eu beaucoup de temps pour enquêter, rechercher les témoins, les interroger et ficeller son dossier de près de dix mille pages, la défense elle s’est donnée comme stratégie de se servir des propos des témoins du procureur afin d’y déceler des failles : contradictions, invraisemblances, anachronismes si pas tout simplement mensonges !

Ainsi, certains témoins, dont le  N° 006 ou le n° 0036 étaient à l’époque des faits, des proches du chef rebelle Bozizé dont le coup d’Etat avait été condamné par l’Union africaine.

Aujourd’hui, ils sont des hauts responsables du pouvoir en place. Ils ont été pour le procureur Moreno, des éléments clés dans la recherche et la collecte des témoignages. Pouvaient-ils résister à la tentation de s’attribuer ainsi le beau rôle ?

Les détails sur leur situation actuelle dans le pouvoir de Bangui, ont poussé l’accusation à solliciter auprès de la juge-président un huis clos. Car, ils risquaient d’être reconnus. La CPI ne peut enfreindre ses propres principes à savoir : « Protéger les témoins. »

Accusations pour vols

Dans la déclaration du témoin 026, la défense épingle les propos suivants :

« Nous n’avons effectué aucune descente, il n’est pas possible de vérifier si les vols avaient eu lieu. »

Ce témoin ayant été entendu pour confirmer les accusations de vol contre les soldats du MLC, il ne pouvait pas être là pour accuser et en même temps ne pas accuser.

Idem pour les accusations de fosses communes où l’on aurait jeté les victimes : il n’y a eu, ni descente sur les lieux, ni exhumation.

En ce qui est des accusations pour le viol, le témoin dont référence est ERM 0159 dit quelque part à peu près ceci : « Plusieurs jeunes prostituées se rendaient volontairement au camp des militaires de Bemba où elles avaient des copains… » Devrait-on alors les considérer comme des femmes ayant été violées ? En passant, nous signalerons que l’équipe du procureur s’offusquera de l’emploi par la défense du mot « prostituée ». Ce à quoi l’avocat de Bemba répliquera : « J’ai retiré ce mot dans votre propre rapport. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas de respect pour celles qui pratiquent ce métier. »

L’accusation a plusieurs fois affirmé que les victimes ne pouvaient plus concevoir ou étaient atteintes du SIDA. Ainsi des documents médicaux avaient été délivrés. La défense de s’interroger : « Quelle es la fiabilité de ces documents …délivrés bien longtemps après les faits ?

Un autre témoin du procureur (40) dira : « Je ne suis pas au courant des viols et des tueries… » Harcelé pour qu’il dise la vérité, il ajoutera : « La vérité, est-ce de vous dire ce que vous voulez que je vous dise ? C’est moi qui y étais. S’il faut me poursuivre pour cela, je l’accepte. »

Des propos qui soulèvent des interrogations sont aussi celles du témoin n°7, actuellement refugié en Europe et qui avait avancé comme raisons pour son exil qu’il avait fui La Centrafrique en 2001, ayant peur que la victoire de Bemba risquait de ramener Mobutu au pouvoir au Congo. Et l’avocat de Bemba d’ajouter : « Alors que Mobutu était déjà mort depuis 4 ans ! »

BEMBA DONNAIT-IL DES ORDRES POUR LES CRIMES ?

Bemba est accusé d’avoir donné des instructions à ses hommes en Centrafrique. Directement sur terrain ? Pour le procureur, s’il y a eu des crimes, cela devrait être imputé à Bemba.

Les propos des témoins du procureur ne semblent pas étayer valablement cette thèse.

Ainsi le témoin 31 dit : « Les troupes du MLC en Centrafrique étaient sous la responsabilité du ministre de la défense qui en répondait directement du chef de l’Etat. »

Et plus loin : « Tout le monde rendait compte au chef de l’Etat, même les Banyamulenge » (ndlr : En Centrafrique, « Banyamulenge est devenu synonyme de « soldat congolais ! )

Plus loin encore : « Au moment des faits, Mr Patassé était le chef de l’Etat et à ce titre, il est de fait… Le chef des troupes de Bemba. »

Dans sa quête de prouver que toutes les accusations sont imputables aux hommes de Bemba, le procureur se livre à un exercice d’identification du soldat de Bemba : bottes en plastique, mal habillé, parlant mauvais français, parlant lingala, mal chaussés…

Ce qui poussera l’avocat de Bemba à balancer cette phrase :

 « La cour pénale internationale est trop haute pour descendre au niveau des pieds et renifler. »

Collusion politique

Le pouvoir politique de Kinshasa a-t-il ou pas trempé dans cette affaire ?

Selon un document vidéo projeté,  l’association congolaise JED (Journalise en danger) témoigne  : un caméraman congolais pris en charge par l’ambassade du Congo en Centrafrique et payé 2000 € avait été mis à contribution pour filmer les différents sites qui serviraient de preuve au procureur de la CPI.

Alors, y a-t-il eu ou pas collusion politique dans cette affaire ?

Gravité des accusations

Me Kilolo, un des avocats de Bemba signale à la cour : « Les accusations de crime contre l’humanité sont très graves. »

Sous-entendu : Il sied parallèlement ,d’étayer ces accusations de preuves canons qui ne laissent la place à aucun doute.

Est-ce cela que l’accusation nous sert jusqu’à présent ?

Si la CPI doit être un rempart contre l’arbitraire, ne doit-elle pas en même temps éviter la tentation d’envoyer quelqu’un à l’échafaud sur base d’éléments approximatifs ?

Cela y va de sa crédibilité, elle qui est encore à la recherche de ses marques.

A l’issue de cette deuxième journée d’audience, un certain nombre d’éléments et de réflexions se dégagent :

Ne sommes-nous pas en présence d’une exagération des faits imputés au MLC ?

Bemba a été accusé de crimes très graves : crime contre l’Humanité, crime de guerre.

Il appartient à l’accusation d’étayer ses propos avec des témoignages et de preuves en béton et irréfutables.

Il appartient à l’accusation de démontrer que Bemba avait l’intention d’exécuter tous ces crimes, qu’il avait donné des ordres directement et mieux, qu’il était sur le terrain des opérations, suivant l’exécution du plan détails par détails, point par point, pourquoi pas, dressant un registre de toutes ces exécutions macabres ?

Il appartient à l’accusation de démontrer les dividendes politiques ou autres dont Bemba aurait tiré profit.

Il appartient à l’accusation d’être précis même dans l’usage de certains mots ou termes. Si en Centrafrique Congolais est synonyme de Banyamulenge, et si le lingala devrait être suffisant pour reconnaitre le congolais alors que cette langue est fortement véhiculée par notre musique, ce serait vraiment le bouquet ! Pourtant, cela fait partie de l’argumentaire de l’accusation !

L’enjeu de cette affaire CPI/BEMBA n’est-il pas la réponse à la question suivante :

Le procureur Moreno a-t-il tiré ses conclusions à savoir poursuivre Bemba suite aux données en sa possession après enquête,

Ou, le procureur avait-il d’abord comme objectif d’attraper dans ses filets « un gros poisson » alors, il faut diligenter des enquêtes  pour cela ?

Nous souhaitons beaucoup que ce ne soit pas le dernier cas. Car cela risquerait fort de ressembler aux « dièses » que certains exilés fabriquent pour obtenir le statut de réfugiés. Beaucoup y parviennent. Mais d’autres sont également déboutés !

 

 

Cheik FITA

 

LA HAYE, le 14 janvier 2009

13 janvier 2009

AU PROCES CPI/BEMBA, HUIS CLOS DE 23 MINUTES

 

!La journée de ce mardi 13 janvier 2009 était consacrée à l’audition détaillée des charges, par le groupe du procureur, suivie par la réplique de la défense.

 

 


Les avocats de Bemba ont commencé alors à démonter point par point les différentes allégations du procureur.

Vers la fin de la matinée, plus exactement à 12h37, la juge-président ordonnera un huis clos et ce jusqu’à 13h00, heure officielle des auditions de l’avant-midi. Rideau baissé, micro et écrans coupés. Pourquoi?

Pour plus de détails, dans notre article complet du soir.

 

Cheik FITA

 

La Haye, le 13 janvier 2009  

09 janvier 2009

MESSAGE DE VŒUX AU PEUPLE CONGOLAIS

 

 

Congolaises et Congolais, chers compatriotes,

 

Au moment où notre patrie franchit dans la douleur des aspirations déçues le seuil de l’année 2009, je voudrais par ce mot vous présenter, au nom du MLC, mes vœux les meilleurs pour l’année nouvelle, et vous inviter à garder malgré tout l’espoir pour les années qui viennent.

Espoir, parce que notre combat quotidien pour l’édification d’un Congo meilleur reste le socle sur lequel reposent nos convictions et notre sens de l’engagement.

Espoir, parce que l’échec de l’actuel gouvernement, quoique déjà patent, ne doit pas annihiler l’énergie constructive mobilisée pendant et au lendemain des élections de 2006.  L’absence de résultats dans le chef des tenants du gouvernement renvoie à la défaillance de ses acteurs ; et ne doit pas être interprétée comme l’échec de la démocratie en tant que mécanisme à même de favoriser le développement dans notre pays.

Mes chers Compatriotes,

La guerre a repris dans le Nord et le Sud-Kivu, avec son lot d’atrocités  imposées injustement à nos enfants, à nos frères et sœurs ainsi qu’à nos parents. Dans la Province Orientale, les territoires frontaliers avec nos voisins du nord sont devenus des sanctuaires pour des milices étrangères. Celles-ci y sèment impunément la mort et la désolation à l’encontre des populations innocentes. A tous ces morts inutiles, à tous ces Congolais et Congolaises totalement abandonnés à leur triste sort par le gouvernement de notre pays, ayons une pensée pieuse.

Comme si tout cela ne suffisait pas, à l’incurie de ceux qui ont en charge la gestion des intérêts économiques et sociaux des Congolais, la crise mondiale vient ajouter de graves incertitudes pour l’année 2009. Les minerais du Katanga, le diamant de deux Kasaï, le bois de l’Equateur ou du Bandundu, le pétrole du Kongo-Central …, tous ces produits qui sont les principales sources de croissance de notre PIB se vendent désormais si mal que partout dans notre pays, des entreprises marchent au ralenti ou ferment carrément, jetant à la rue de centaines de millions des familles.

Face à ce désastre, que fait l’Exécutif ? RIEN ! Le Chef de l’Etat se contente de commenter l’actualité et d’annoncer des lieux communs du genre : « l’année 2009 sera difficile » ! Mais alors, qui va résoudre les problèmes des Congolais ? Le gouvernement ? Celui-ci, quant à lui, « négocie » à Nairobi un agenda inconnu des Congolais ; il s’en remet à la volonté des troupes étrangères pour remettre de l’ordre dans le Nord-est du pays et fait voter, par une majorité parlementaire complaisante, un budget 2009 de propagande qui ne prévoit aucune mesure d’envergure pour atténuer tant soit peu la misère qui sévit partout dans le pays.

Mes chers Compatriotes,

Il n’y a pas de fatalité ni à la misère, ni à la grande pauvreté à laquelle l’on semble nous habituer. A considérer ses énormes potentialités tant naturelles qu’humaines, notre pays a simplement un besoin urgent d’alternance démocratique.

Bâtir un Congo nouveau et prospère procède avant tout d’une volonté politique. Le reste est une question d’imagination et d’action, à condition de rassembler et de mobiliser tous les patriotes autour de ce dessein. Ainsi formulé, un tel objectif est à notre portée. Rendre les années qui viennent différentes, faire en sorte qu’elles soient porteuses d’espérance pour chaque Congolais et pour chaque Congolaise en lieu et place d’être l’étendard de la désolation : cela est possible et postule notre vigilance notamment à l’égard des nouvelles échéances électorales qui doivent être organisées dans notre pays conformément à la Constitution.

En effet, en attendant 2011, l'année 2009 qui commence est sensée être celle au cours de laquelle les élections urbaines et locales devraient se tenir dans notre pays. Nous exigeons que cette échéance soit tenue par le gouvernement. A cet égard, nous avons pris bonne note de l'inscription au Budget de l'Etat, pour cette année, de crédits en rapport avec la poursuite de ce processus électoral. Au regard de l'ampleur de la tâche, ces crédits budgétaires sont insuffisants. Aussi, le MLC en appelle à la communauté internationale pour qu'elle accompagne d'une manière particulière la RDC dans ce dernier acte de mise en place des institutions de la troisième République.

Car,  ne nous y trompons pas, ces élections ne sont pas un détail, mais une des exigences qui doivent ponctuer et faire respirer notre démocratie naissante. Pour éloigner notre pays à la fois de la dérive totalitaire, qui semble tenter le gouvernement actuel et du retour à la solution par les armes comme on peut l'observer à l'Est, il est essentiel que les échéances électorales, telles que postulées dans la Constitution de notre pays, soient respectées. Dans le même ordre d'idée, toute forme d'exclusion, source de tant de conflits qui auraient pu être évités, est à bannir en RDC. C'est pourquoi, il nous paraît indispensable que les listes d'électeurs soient rapidement ouvertes afin de permettre l'enrôlement tant des compatriotes qui ne s'étaient pas inscrits pour l’échéance de 2006, que des jeunes qui ont depuis acquis l'âge requis pour voter. 

A vous, Cadres et militants du MLC, l’année qui vient de s’écouler a été particulièrement douloureuse. La perte de notre camarade Daniel Botethi dans des conditions odieuses en a certainement été le point culminant. De même, l’arrestation arbitraire de notre Président National, Jean-Pierre Bemba Gombo, maintenu injustement en prison à La Haye, est certes à inscrire dans le registre des épreuves que nous impose l’adversité. Mais, à mes yeux, le Sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo est un prisonnier politique. Je gage, qu’au cours de cette nouvelle année, Dieu écoutera nos prières et rendra le Chairman à la place qui est la sienne, c’est-à-dire, aux côtés de sa famille et au milieu de nous tous. Bien qu’absent du pays, notre Président National demeure de cœur et d’esprit  avec nous.

Ainsi, mes chers Camarades, je vous invite à garder la foi, car les mois et les années qui viennent verront certainement triompher les idées que nous avons en partage avec notre Leader, ainsi que la vision qui est la nôtre pour la Patrie nous léguée par nos ancêtres. C’est inéluctable.

Congolaises et Congolais, chers compatriotes,

Je voudrais terminer ce message en renouvelant, à chacun de vous, mes vœux les meilleurs pour l’année 2009.

 

Avec Dieu, nous vaincrons!

 

Fait à Kinshasa, le 7  janvier 2009

 

François Muamba

Secrétaire Général                                                             

06 janvier 2009

La République : Coup de théâtre au Cndp : Laurent Nkundabatware limogéSelon Désiré Kamanzi, l’un des cadres du mouvement rebelle, il serait reproché au général déchu sa mégestion.

 

Ce que les analystes politiques attendaient depuis quelques jours est enfin arrivé: le général déchu Laurent Nkunda est limogé de la tête du Conseil national pour la défense du peuple (Cndp) par la haute direction du commandement militaire, l’organe suprême de ce mouvement politico-militaire. La nouvelle annoncée en début de soirée par Digital Congo FM captée à Kinshasa venait de Désiré Kamanzi, un haut cadre du Cndp qui n’a donné aucune justification de cette décision ni le lieu où cette décision a été prise.

Le concerné a néanmoins promis de donner de plus amples détails dans les prochaines heures. Mais, le porte-parole officiel du Cndp, Bertrand Bisimwa n’a infirmé ni confirmé cette information selon la même source. Bisimwa a néanmoins assuré qu’il sera présent aux négociations de Naïrobi.
 
A quelques heures du troisième round

A quelques heures du troisième round des négociations de Nairobi entre le Cndp et le gouvernement de la République démocratique du Congo, l’incertitude est palpable dans le camp des médiateurs sur la participation des rebelles et leur cahier des charges.
 
Car, selon l’agenda des concertations entamées à Nairobi depuis l’année dernière, le troisième round des pourparlers devrait, en principe, s’ouvrir ce 07 janvier dans la capitale kenyane entre les deux parties. Cependant la non visibilité observée à l’horizon empêche justement la reprise de cette rencontre pourtant nécessaire pour le retour de la paix dans les Kivu. Au terme du second round, le 18 décembre 2008, le mouvement politico-militaire a opposé un refus catégorique à signer le texte de formalisation du cessez-le-feu alors que le gouvernement a, à travers, le ministre de la Coopération Internationale et Régionale, Raymond Tshibanda, fait preuve de bonne foi en s’engageant pour la paix.

En même temps, le Cndp conditionnait déjà à l’époque sa participation à la poursuite des discussions au retrait des Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) de l’axe Goma-Kibati, à 12 kilomètres au Nord de Goma. Pour le mouvement rebelle, les forces gouvernementales occuperaient les zones considérées comme tampon. Pour sa part, la Monuc n’est pas de cet avis puisqu’elle déclare n’avoir pas observé le moindre mouvement des Fardc. Cela a été confirmé plus d’une fois par le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Alan Doss qui, en réponse à une correspondance datée du 24 décembre lui envoyée par le chef du Cndp, Laurent Nkunda, a confirmé les mêmes faits. Malgré les assurances lui données par le patron de la mission onusienne, le général rebelle se cabre dans sa position et n’entend nullement lire les signes de temps.

Pour le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, en agissant de la sorte, le Cndp  trahit sa volonté de ne pas faciliter la paix car, il n’y trouve pas son intérêt. N’empêche que la Monuc n’a cessé d’inviter le Cndp à reprendre le dialogue. Peine perdue pour un mouvement qui a d’autres visées que celles qui sont présentées pour la consommation publique.
 
Le pavé dans la mare

C’est dans ce contexte que le pavé est tombé dans la mare : Laurent Nkunda est déboulonné de son piédestal par ses comparses. Les Congolais, les Rwandais, la Communauté internationale devraient désormais évoluer autrement dans ce processus. Son départ va-t-il faciliter le processus de pacification du Nord-Kivu ? Quel est l’agenda de son successeur ?

Mais, pour la société civile du Sud-Kivu qui donnait son avis sur le processus quelques heures avant le limogeage de Nkunda, ça ne servait à rien de traiter avec Nkunda et le Cndp. Pour elle, il faudrait dialoguer directement avec le Rwanda qui est derrière toute cette affaire.

Des analystes politiques qui partagent cette opinion affirment que le limogeage de Nkunda  est une des conséquences du dernier rapport de la Monuc sur la guerre du Nord-Kivu. Ce rapport évoquant des massacres de sang froid des civils à Kiwanja et à Rutshuru était porteur des répercussions dangereuses pour toutes les personnes physiques ou morales impliquées aux côtés du Cndp.

Car, le Rwanda accusé de fournir troupes, armes, minutions et finances au mouvement rebelle ne pouvait plus  continuer à assurer la couverture de cet allié devenu trop encombrant. Cela d’autant plus que les bailleurs de fonds allaient fermer les robinets à l’instar de la Suède et de la Hollande qui ont récemment suspendu leurs aides au régime de Kigali. D’où la nécessité de lâcher du lest pour sauver l’essentiel.

Par ailleurs, ces analystes rappellent que le RCD, un autre mouvement rebelle congolais proche de Kigali procédait toujours au changement de chef avant de négociations importantes. C’est ainsi que l’on  verra Onosumba  remplacer Wamba dia Wamba avant l’Accord de Lusaka, et Onusumba cédera, à son tour, la place à Azarias Ruberwa à la veille du partage du pouvoir dans le cadre de 1 + 4 peu après Sun City. C’est à peu près le même schéma qui est suivi ici. Avec l’espoir que le Rwanda a boutiqué un cahier de charge acceptable par le gouvernement de la Rdc, lequel cahier sera brandi par les délégués du Cndp.
 
Nkunda en route pour la Cpi

 Mais Laurent Nkunda indexé comme auteur intellectuel des exactions et massacres perpétrés par le Cndp est désormais en bon pour la Cpi qui le recherche depuis plusieurs mois. Car, l’amnistie accordée dans le cadre du processus Amani ne couvre nullement les crimes poursuivis par la justice internationale. A l’Onu, on ne lui pardonne pas non plus d’avoir tourné en bourrique Olusegun Obasanjo, l’émissaire du Sg de l’Onu lui envoyé  pour trouver des voies de sorties à ce conflit. Les heures qui viennent vont éclaircir davantage la situation.Et ce, à moins que le limogeage de Nkunda ne soit une diversion pour distraire l’opinion.

(Ern/GW/PKF)

Mayonde Kolongo/Ndongala Mbizi-a-Nkadi/La République

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