09 février 2009
Le Potentiel: Face à l’incapacité du pouvoir et la démission de l’élite, le peuple congolais doit reprendre la main
La Conférence de presse sur le thème « La fin de la guerre du Kivu, quelles perspectives d’avenir ? » organisée par le groupe de presse Le Potentiel à la paroisse Notre-Dame de Fatima le samedi 7 février 2009 a été l’occasion de faire le point et prendre la température de l’opinion nationale sur la question de l’heure, la présence des troupes rwandaises et ougandaises sur le territoire national. Outre les exposés des orateurs du jour, Arthur Kepel de l’ICG, les professeur Philippe Biyoya et Kibanda, l’assistance a eu droit, en bonus, à une intervention du député Ernest Kyaviro, l’initiateur de la pétition parlementaire pour la convocation d’une session extraordinaire du Parlement.
C’est dans une salle de Fatima bien remplie que les trois orateurs ont déroulé la toile de la guerre de l’Est. Celle-ci peut se résumer en quelques mots. Primo, la guerre de l’Est est bel et bien une guerre économique, animée principalement par les puissances anglo-saxonnes qui ont décidé de faire main basse sur les matières premières congolaises, « quel qu’en soit le prix et quel que soit le nombre de morts ». Secundo, le pouvoir congolais est bel et bien responsable de la déconvenue nationale, soit par complicité, soit par incompétence. Tertio, l’élite congolaise a bel et bien sa part de responsabilité dans le démantèlement du Congo, par son abdication.
Le professeur Biyoya, constitutionnaliste de sa spécialité, répondant à ceux qui voulaient justifier l’entente avec le Rwanda par l’accord de Nairobi, a fait remarquer qu’un tel accord ne pouvait pas prendre force sans l’adoption préalable d’une loi l’autorisant. Par conséquent, la Constitution de la République a été une fois de plus mise à mal. L’expert de l’International Crisis Group Arthur Kepel a, quant à lui, révélé aux uns et rappelé à la plupart, carte géographique en appui didactique, le projet du président ougandais Museveni de construire un barrage hydroélectrique dans la zone voisine de la frontière commune avec la RD Congo. Il a expliqué que la pacification de la région est considérée par Museveni comme un préalable pour la réalisation de ce projet. Or, selon lui, le gouvernement congolais n’est pas capable de maintenir la paix. D’où la présence des troupes ougandaises dans la Province Orientale. C’est dire, contrairement aux certitudes du chef de l’Etat, que ce n’est pas dans quinze jours, ni dans trente, ni dans six mois que les troupes étrangères partiront de notre territoire.
Malaise au palais
Avant la traditionnelle séance de questions et réponses, la parole a été accordée au député Kyaviro. Le fait qu’un membre du camp présidentiel comme lui, a-t-il laissé entendre, soit à la base d’une pétition d’une telle importance, souligne assez la gravité de la question qui doit être appréhendée dans une perspective qui transcende les clivages politiques. « La question doit être traitée au Parlement et non dans la rue ». Belles paroles, nobles intentions, mais l’on n’a pas senti la conviction dans les mots, comme si le député fauteur de troubles avait subi des pressions pour mettre de l’eau dans son vin.
Outre les habituels applaudisseurs délégués par le camp présidentiel pour faire du bruit dans la salle, on a noté la présence d’un intellectuel dont la finesse de l’intelligence et du langage n’échappent à personne. Le député Atundu a pris la parole pour parler de lieux communs. Une grandiloquence gratuite qui nous laisse sur notre soif. Quand un fin parleur comme Atundu Liongo ne laisse pas d’empreinte dans nos intelligences, c’est que le navire présidentiel prend eau. Dès lors, une question lancinante se pose à tous : Que faire ?
Le peuple doit reprendre la main
Les analystes ne nous contrediront pas. Aucun élément sérieux ne permet de prédire une amélioration du fait du pouvoir ou des politiciens actuels. Dès lors, le souverain primaire, c.-à-d. le peuple, doit reprendre la main. Deux raisons majeures rendent cette option inévitable.
1° Le gel de la pétition du Parlement.
Alors que le nombre des voix requis pour la convocation de la session extraordinaire est atteint, celle-ci n’est toujours pas à l’ordre du jour. Cela peut donner lieu à toute sorte d’hypothèses : - Le Parlement est une affaire privée du Bureau qui décide, selon son bon gré, de convoquer ou non la session. - Les députés qui ont signé la pétition ne tiennent pas réellement à son exécution, mais ils tremblent pour leurs intérêts menacés. Face aux inquiétudes de la base, particulièrement des populations de l’Est qui ont voté massivement pour le président de la République et pour les parlementaires de sa chapelle, il faut désamorcer la crise avec de feintes indignations. Les députés font donc semblant de protester, signent une déclaration (qui n’engage que celui qui y croira) et puis le temps faisant son œuvre, on oubliera, comme on a oublié la question sur la nationalité, la révision des contrats en chinoiseries, ou l’occupation de Kahemba… - Le camp présidentiel, dont un illustre représentant au sénat, un certain Jean Sharp Kakoko (si notre mémoire est bonne), avait déchiré la pétition des parlementaires, montre le poing à quiconque oserait …
2° La crise politique imminente au sommet de l’Etat
Faut-il savoir lire dans la boule de cristal pour comprendre que le PPRD et l’AMP sont en train d’imploser ? Dans son numéro 4541 du vendredi 7 février 2009, Le Potentiel titrait à la une « Vital Kamerhe dans le collimateur des faucons du PPRD. »
Sauf à vouloir jouer à la cécité politique, cette rivalité Kabila-Kamerhe va bientôt éclater en crise politique nationale. Il faut cependant savoir qu’à certains moments de la vie, d’un homme ou d’un système, les crises sont nécessaires pour amorcer un nouveau départ. Une crise de larmes, quand le cœur en a trop supporté, ou un orage qui éclate quand le ciel est trop plein de nuages noirs et tristes. Et après la pluie vient le beau temps.
Ceux qui lisent avec des œillères croient que la crise frappe le PPRD et le PPRD seul. Que non ! Il s’agit d’une crise généralisée qui n’épargne personne. Il y a quelques jours, nous suivions à la télévision avec stupéfaction Félix Tshisekedi, probablement le fils de son père, occupé à vilipender une partie des cadres de l’UDPS qui avaient désobéi au président national historique.
C’était burlesque de voir cette bataille de chiffonniers au moment où l’on aurait attendu un parti de telle envergure au front pour conduire l’opinion contre l’occupation rwandaise.
La crise n’a pas épargné le Palu dont le leader lumumbiste a perdu l’usage de la parole au moment où toute l’opinion s’émeut pour la souveraineté et l’intégrité nationales. Le MLC François Muamba peut encore donner le change en ne faisant rien et en profitant du martyr de JP Bemba.
La crise politique est générale, et elle est salutaire. Elle répond à la loi des cycles, une loi de la nature. Nous devons aider tous ces partis d’un autre siècle à mourir «na malembe», afin de renaître peut-être demain avec un nouveau corps, un nouvel esprit. C’est ça l’amour du prochain, et non le fait de vouloir maintenir artificiellement en vie des structures largement ménopausées.
Pour revenir à la dissension entre Kabila et Kamerhe, la démission annoncée du président de l’Assemblée nationale provoquera, on s’en doute, des remous, car l’homme est populaire dans son hémicycle, et il faut avouer qu’il ne sera pas facile de lui trouver un successeur capable de « dribbler » les députés de droite et de gauche comme il sait si bien le faire. Probablement l’Assemblée nationale deviendrait ingouvernable et il faut s’attendre à ce que les « Faucons de la capitale » conseillent au chef de l’Etat la dissolution du Parlement. Imaginez la suite. Apocalypse !
Mais nous n’avons pas le choix. Il faut coopérer à cette crise de toutes nos forces : Kabila et Kamerhe doivent divorcer, pour leur propre bien et pour le bien de tous. Souvenons-nous de ce récit biblique où Pierre, zélé mais d’un zèle sans intelligence, coupe l’oreille au soldat Malthus de la cohorte qui venait pour arrêter Jésus. Mais Jésus répondit : Comment s’accompliraient les écritures si je ne meurs pas ? Comment le Congo peut-il être sauvé si les crises salvatrices sont esquivées pour un confort précaire des gouvernants ?
Voici notre contribution à la crise. Il y a une pétition en ligne intitulée « RD Congo : toute la vérité sur les accords avec le Rwanda ». Vous la trouverez sur le site www.lapetition.be, dans la rubrique (Menu) « Politique ». Cette pétition est adressée aux Présidents de l’Assemblée nationale (Vital Kamerhe) et du Senat (Léon Kengo). L’article 27 de la Constitution stipule ce qui suit : « Tout Congolais a le droit d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à l’autorité politique qu y répond dans les trois mois. Nul ne peut faire l’objet d’incrimination, sous quelque forme que ce soit, pour avoir pris pareille initiative ». Le fait de signer une pétition est comparable à introduire son bulletin dans l’urne. Un petit geste citoyen, mais qui participe à la force du peuple. Cela ne coûte vraiment rien d’exercer ce droit, et le seul risque que l’on court c’est d’apprendre à naviguer sur l’Internet.
Si le peuple congolais ne peut pas prendre cette peine d’exercer sa liberté d’expression, s’il ne préfère que des discours, des jérémiades à la télévision et regarder des matches de la champions league, alors le Congolais mériterait bien son sort. Mais nous croyons que tel n’est pas le cas. Alors, allons signer, en attendant le moment venu, d’aller déposer la pétition physique.
Commençons par là, et demain sera bien. A chaque jour suffit sa peine.
Serge Gontcho
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