19 août 2009

AMNESTY INTERNATIONAL DEMANDE AU GOUVERNEMENT NÉERLANDAIS D’ACCUEILLIR JEAN-PIERRE BEMBA COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a demandé le vendredi 14 août aux Pays-Bas et à d’autres pays d’accepter de toute urgence d’accueillir Jean-Pierre Bemba, après la décision de la Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, de remettre cet homme en liberté provisoire dans l’attente de son procès.



Selon la décision de la Chambre préliminaire de la CPI, l’Afrique du Sud, l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal, pays où Jean-Pierre Bemba a souhaité être libéré, ont tous exprimé des réserves ou des objections à l’idée de l’accueillir.
« Si aucun État n’accepte de le recevoir, Jean-Pierre Bemba pourrait rester détenu par la CPI pendant une durée indéfinie, a déclaré Christopher Keith Hall, juriste à Amnesty International.
« Jean-Pierre Bemba a le droit d’être présumé innocent jusqu’à ce que la CPI ait statué dans son affaire. À l’issue d’un examen approfondi, la CPI a estimé qu’il devait être remis en liberté provisoire et sous certaines conditions. Après cette décision, son maintien en détention pour une durée indéterminée constituerait une violation de son droit de bénéficier d’un procès équitable.
« La CPI va tout simplement se trouver dans l’incapacité de fonctionner si les États ne coopèrent pas, a poursuivi Christopher Keith Hall. Les Pays-Bas, où siège la CPI, ont à cet égard une responsabilité particulière. »
Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, le droit international relatif aux droits humains et le droit interne de la plupart des pays reconnaissent qu’une personne peut, si certains critères sont remplis, bénéficier d’une libération provisoire plutôt que demeurer en détention durant une période parfois longue, avant et pendant le procès.
La Chambre préliminaire a invité les États pressentis pour accueillir Jean-Pierre Bemba à présenter leurs observations à la CPI avant la tenue des prochaines audiences dans cette affaire, prévues entre le 7 et le 14 septembre.
Lorsque la Chambre préliminaire aura établi quel est le pays devant de préférence accueillirJean-Pierre Bemba pour sa période de liberté provisoire, cet État aura, aux termes de l’article 86 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, l’obligation inconditionnelle de donner suite à la demande d’accueil de la CPI.
Amnesty International a engagé les États pressentis à revoir leur position sans attendre et à se conformer à l’obligation que leur impose le Statut de Rome de coopérer pleinement avec la CPI, en acceptant d’accueillir Jean-Pierre Bemba et en apportant assistance à la CPI pour la mise en œuvre de la mesure de libération provisoire.

Complément d’information
Le procureur de la CPI a fait appel de la décision de la Chambre préliminaire de remettre en liberté Jean-Pierre Bemba. Celui-ci restera détenu jusqu’à ce qu’il ait été statué sur l’appel, dont l’examen est prévu le 24 août 2009.
Dans de nombreux cas, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a, après examen des implications en matière de sécurité, remis en liberté provisoire dans l’attente de la fin de leur procès des personnes accusées de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre. Trois accusés sont ainsi actuellement en liberté provisoire.
Aux termes de l’article 9-3 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui établit des principes généraux du droit :
« Tout individu arrêté ou détenu du chef d’une infraction pénale sera traduit dans le plus court délai devant un juge ou une autre autorité habilitée par la loi à exercer des fonctions judiciaires, et devra être jugé dans un délai raisonnable, ou libéré. La détention de personnes qui attendent de passer en jugement ne doit pas être de règle, mais la mise en liberté peut être subordonnée à des garanties assurant la comparution de l’intéressé à l’audience, à tous les autres actes de la procédure et, le cas échéant, pour l’exécution du jugement. »
L’article 86 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale prévoit expressément que :
« Conformément aux dispositions du présent Statut, les États Parties coopèrent pleinement avec la Cour dans les enquêtes et poursuites qu’elle mène pour les crimes relevant de sa compétence. »

14 août 2009

La Chambre préliminaire II rend une décision relative à la mise en liberté sous condition de Jean-Pierre Bemba Gombo

ICC-CPI-20090814-PR443

Situation : République centrafricaine
Affaire : Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo


Aujourd’hui 14 août 2009, la Chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale a décidé de faire droit, sous condition, à la demande de mise en liberté provisoire de Jean-Pierre Bemba Gombo.

L’exécution de cette décision est reportée dans l’attente de la détermination de l’Etat sur le territoire duquel Jean-Pierre Bemba Gombo sera libéré et de la détermination des conditions qui lui seront imposées.

Conformément à l’article 60 (3) du Statut de Rome et à la règle 118 (3) du Règlement de procédure et de preuve, la Chambre préliminaire II a réexaminé sa décision précédente relative au maintien en détention de Jean-Pierre Bemba Gombo du 14 avril 2009. Préalablement à la décision de ce jour, la Chambre préliminaire II avait tenu une audience le 29 juin 2009 sur toutes les questions relatives au maintien en détention de Jean-Pierre Bemba Gombo avant son procès.

La Chambre préliminaire II a conclu que l’évolution des circonstances depuis le 14 avril 2009 justifiait la modification de sa décision précédente sur la détention, dans la mesure où les conditions pour un maintien en détention telles que prévues par l’article 58 (1) (a) et (b) du Statut de Rome n’étaient plus réunies. En effet, après avoir évalué tous les éléments pertinents de l’affaire dans leur globalité et après les avoir mis en perspective, la Chambre préliminaire II a conclu que le maintien en détention de Jean-Pierre Bemba Gombo ne paraissait plus nécessaire pour garantir (i) la comparution de ce dernier, (ii) qu’il ne fera pas obstacle à l’enquête ou à la procédure devant la Cour, ni n’en compromettra le déroulement et (iii) qu’il ne poursuivra pas l’exécution du même crime ou d’un crime connexe relevant de la compétence de la Cour et se produisant dans les mêmes circonstances que dans la présente affaire.

La Chambre préliminaire II a invité tous les Etats sur le territoire desquels Jean-Pierre Bemba Gombo a souhaité être libéré, à présenter leurs observations détaillées sur les questions relatives à sa mise en liberté provisoire ainsi que sur les conditions restrictives de liberté qui pourraient être imposées.

Les audiences devraient avoir lieu entre le 7 et le 14 septembre 2009.

LA CPI ORDONNE LA"MISE EN LIBERTE PROVISOIRE"DU SENATEUR JEAN-PIERRE BEMBA

La Cour pénale internationale (CPI) a ordonné vendredi la "mise en liberté provisoire" de Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC), mais doit encore décider quel Etat pourra l'accueillir dans l'attente de son procès.

"Aujourd?hui 14 août 2009, la Chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale a décidé de faire droit, sous condition, à la demande de mise en liberté provisoire de Jean-Pierre Bemba Gombo", a indiqué la CPI dans un communiqué.

"L?exécution de cette décision est reportée dans l?attente de la détermination de l?Etat sur le territoire duquel Jean-Pierre Bemba Gombo sera libéré et de la détermination des conditions qui lui seront imposées", précise la Cour.

La CPI va tenir entre le 7 et le 14 septembre des audiences pour entendre les observations des Etats susceptibles d'accueillir l'accusé, à savoir la Belgique, la France, le Portugal, l'Afrique du sud, l'Italie et l'Allemagne, selon cette source.

Son avocat Me Aimé Kilolo avait réclamé la remise en liberté de M. Bemba lors d'une audience devant la CPI le 29 juin. L'accusé possède notamment des propriétés et des comptes bancaires en Belgique où ses enfants sont scolarisés et a des "liens sociaux importants" en France, avait expliqué Me Kilolo.

M. Bemba est accusé de meurtre, viol et pillage notamment, des crimes de guerre et crimes contre l'humanité, selon le procureur de la Cour pénale internationale. La date de son procès n'a pas encore été fixée.

Jean-Pierre Bemba, 46 ans, avait comparu devant la CPI du 12 au 15 janvier lors d'audiences de confirmations de charges concernant des exactions commises par sa milice, le Mouvement de libération du Congo (MLC), en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003.

Après avoir estimé que les allégations comportaient "suffisamment d'éléments de preuves" pour justifier la tenue d'un procès, la CPI avait ordonné le 15 juin de renvoyer M. Bemba en jugement en sa qualité de "chef militaire" du MLC.

La CPI estime qu'il n'y a pas de risque que M. Bemba fasse obstacle à l'enquête ou commette à nouveau les mêmes crimes s'il attend le début de son procès en liberté, selon le communiqué.

Jean-Pierre Bemba, qui avait quitté la RDC en avril 2007 après avoir perdu les élections présidentielles de 2006 face à Joseph Kabila, avait été arrêté en mai 2008 à Bruxelles. Il avait été transféré puis placé en détention à La Haye, où siège la CPI, début juillet 2008.

12 août 2009

HILLARY CLINTON AU CONGO,PAROLE,PAROLE,PAROLE

LA UNE: Pillage des richesses minières. H. Clinton dénonce « un très petit groupe » de profiteurs

Le message des Congolais a été entendu. Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, bien que diplomate, a prononcé le discours attendu par le peuple congolais. Elle a solennellement déclaré que les « Etats-Unis sont désormais un partenaire d’espoir pour aider la RDC à écrire une nouvelle page de l’histoire du peuple congolais ». Elle a eu également un courage exceptionnel en dénonçant le mal, au plan interne en mettant le doigt dans la plaie: « Que les richesses minières et autres de ce pays devraient être utilisées au profit du peuple congolais, pas pour un très petit groupe qui en a traditionnellement bénéficié ». De condamner ensuite « les entreprises ou les pays étrangers qui extraient les richesses pour les emporter sans un rien en retour ». Message clair contre l’enrichissement illicite et le pillage des richesses congolaises, causes des guerres en RDC.

Fin de la visite de 48 heures de Mme Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine en République démocratique du Congo. La ville de Goma a été la porte de sortie où elle s’est entretenue avec le président de la République, Joseph Kabila Kabange.

Mais que faut-il retenir de cette visite ? A-t-elle répondu aux attentes du peuple congolais ? S’il est encore prématuré de répondre à ces interrogations, tant il est vrai que c’est la suite de cette visite qui demeure jusqu’à preuve de contraire intéressante, il y a lieu d’admettre que les déclarations de Hillary Clinton ont été encourageantes.

Certes, le côté classique et diplomatique a été respecté. C’est ainsi qu’elle est revenue sur le discours de tous les temps, c’est-à-dire, du déjà entendu : lutte contre la corruption, respect des droits de l’homme et bonne gouvernance. Mais l’autre discours attendu par les Congolais devrait tourner autour de la nouvelle vision de la politique africaine des Etats-Unis. Elle ne pouvait se dérober et ne pas faire faire allusion aux causes principales de ces guerres qui ont endeuillé la République démocratique du Congo, déstabiliser la région de l’Afrique des Grands Lacs.

COURAGE POLITIQUE

Il faut reconnaître que la secrétaire d’Etat américaine a fait preuve d’un courage politique que réjouit plusieurs observateurs congolais. Quittant le sentier « poli et de réserve » de la diplomatie ainsi que des discours classiques, elle a précisé clairement les intentions des Etats-Unis, dénoncé sans atermoiements le mal qui ronge la société congolaise, allant jusqu’à mettre le doigt dans la plaie. D’entrée de jeu, elle a invité les Congolais à tourner la page de l’histoire en regardant vers l’avenir. Elle a exprimé sans équivoque « l’engagement fort des Etats-Unis à réchauffer les relations avec la République démocratique du Congo ». Aussi, estime-t-elle qu’il s’agit d’un moment « décisif pour la RDC qui doit consister également à faire un bon choix de ses partenaires ». Et d’ajouter que les « Etats-Unis sont un partenaire de l’espoir pour permettre à la RDC d’écrire une nouvelle page de l’histoire du peuple congolais ».

Mieux, elle a réaffirmé que sa visite en RDC vise « à explorer les voies par lesquelles la RDC et les Etats-Unis pourront travailler ensemble. Mais je crois fermement qu’il doit y avoir une fin à l’impunité, une fin à la corruption, et davantage de transparence et d’obligation de rendre des comptes, et que les richesses minières et autres de ce pays devraient être utilisées au profit du peuple congolais, pas pour un très petit groupe qui en a traditionnellement bénéficié ».

Allusion faite à cette « bourgeoisie compradore » qui a pris en otage le peuple congolais. Elle a également dénoncé cet amateurisme politique qui sous-tend la mauvaise gouvernance et l’impunité.

Mais Hillary Clinton est allée plus loin, en touchant à l’une des causes principales qui favorisent les guerres ou conflits armés en RDC, entretenant ainsi les violences sexuelles. Il s’agit justement du pillage des richesses congolaises par « des groupes d’intérêts financiers » et qui se recrutent tant en Occident qu’en Asie. Non pas seulement ce « très petit groupe » congolais qui a institué un système (traditionnellement) de prédation économique pour s’enrichir illicitement en prenant goût à signer des contrats léonins avec «des entreprises ou les pays étrangers qui extraient les richesses pour les emporter sans en retour effectuer dans le pays un investissement proportionnel ». Voilà qui est bien dit. Hillary Clinton renforce ainsi le discours déjà prononcé par le président Barack Obama, alors sénateur de l’Illinois. Il rendait « responsables les pays étrangers qui déstabilisent la RDC en pillant des richesses congolaises ». En ces temps, il avait élaboré un « rapport intéressant » sur les causes des guerres en RDC. Que la secrétaire d’Etat américaine remue le couteau dans la plaie, c’est que les Etats-Unis ont effectivement décidé, eux aussi, « de tourner la page ». Voilà qui augure de perspectives encourageantes entre la République démocratique du Congo et les Etats-Unis. Cette visite de Hillary Clinton se termine donc sur une note d’espoir.

11 août 2009

Arrivée à Kinshasa ce lundi: Hillary Clinton ou le signal fort d’Obama


La République démocratique du Congo et les Etats-Unis s’apprêtent à s’engager dans un tournant déterminant dans le cadre de leur coopération bilatérale. La visite de Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, devrait servir de déclic. Il s’agit des moments difficiles, car d’un côté les Etats-Unis doivent donner un signal fort après douze ans de coopération timide et de guerres de déstabilisation contre la République démocratique du Congo. Et de l’autre, la RDC de réaffirmer sa détermination à prendre en mains sa propre destinée. Washington a-t-il décidé de revenir à de bons sentiments vis-à-vis de la RDC ?

En d’autres circonstances, l’on se serait permis de dire que « l’assassin revient toujours sur les lieux du crime » quand on sait que ce sont des « groupes d’intérêts financiers occidentaux qui ont allumé le feu en RDC ». Avec toutes ces guerres « commanditées » qui ont endeuillé la RDC, détruit ses infrastructures socio-économiques et exécutées par nations interposées.

Mais au regard de la détermination des Etats-Unis d’Obama de faire de l’Afrique une priorité pour qu’elle ne se considère plus comme exclue du monde, l’arrivée à Kinshasa de Mme Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, devrait marquer une nette rupture avec les « faiseurs de guerre ». Elle intervient douze ans après celle de Madeleine Albright, alors également secrétaire d’Etat américaine.

Les Congolais rejettent déjà tout discours académique ou classique, de bonnes intentions. Ils attendent un discours de clarification, de précision pour inaugurer une nouvelle ère de partenariat positif entre la RDC et les Etats-Unis.

Ainsi, après le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Angola, Mme Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine est attendue ce lundi 10 août à Kinshasa. Une visite qui soulève déjà plusieurs interrogations compte tenu des rapports timides, depuis quelques années, entre la République démocratique du Congo et les Etats-Unis d’Amérique. Que faut-il attendre de cette visite ? Question pertinente du fait du changement intervenu à Washington, avec l’élection de Barack Obama à la présidence des Etat-Unis. Mais aussi aux lendemains de graves événements qui se sont précipités en RDC. Or, certaines analyses ont présenté jusque-là, les Etats-Unis comme des « suppôts de ces guerres de 1996 – 1998 » qui devraient conduire à la balkanisation de la République démocratique du Congo grâce au soutien financier consenti par des «groupes d’intérêts financiers occidentaux », politique et militaire fournis aux pays agresseurs.

Aussi, les Congolais refusent ou rejettent tout discours académique ou classique qui se limiterait seulement à de simples bonnes intentions. Ils attendent un discours de clarification et de précision. Mieux, un discours de changement qui doit souligner la nouvelle vision de la politique africaine des Etats-Unis de manière à bien apprécier le rôle que le gouvernement américain entend jouer sur le continent.

LE LIEU DU CRIME

Il est un fait que depuis la fin de la guerre froide, Washington qui passe pour être la première grande puissance dans le monde, a pris ses distances vis-à-vis de Kinshasa pour se rapprocher plus d’autres capitales de la région des Grands Lacs. Cette attitude a renforcé le comportement « arrogant » de ces pays voisins, allant jusqu’ à provoquer deux guerres d’agression contre la RDC, en plus du pillage systématique des richesses congolaises.

Aujourdhui, la RDC compte plus de 5 millions de morts - qu’on n’aborde même pas sur le plan international - et autant de femmes et filles violées. D’ailleurs, Madame Hillary Clinton se rend demain à Goma, au Kivu, là où « ces crimes contre l’humanité » ont été commis pour balkaniser la RDC. En se rendant sur le « lieu du crime », Hillary Clinton constatera sûrement l’étendue des dégâts et se fera une idée plus ou moins exacte des atrocités que les populations congolaises ont endurées. Leur malheur, c’est de disposer d’un vaste territoire que certains milieux occidentaux s’acharnent à faire couper. Leur péché, c’est d’habiter dans un territoire aux immenses ressources, suscitant la convoitise de groupes d’intérêts financiers régionaux et internationaux.

LES ENJEUX DE CETTE VISITE

Comment les Etats-Unis entendent-ils remédier à cette situation et permettent à ce que les richesses congolaises profitent avant tout au peuple congolais ?

Cette interrogation soulève les enjeux de cette visite. Les Etats-Unis ont promis de travailler avec l’Afrique, d’améliorer la coopération économique avec les Etats africains. Très intéressés par le pétrole, des opportunités sont réelles pour permettre à la République démocratique du Congo et aux Etats-Unis d’envisager des accords commerciaux réciproquement bénéfiques dans ce domaine. Mais également dans d’autres secteurs producteurs. Notamment dans les minerais comme l’or, cuivre, étain, colombo tantalite (coltan), bauxite, fer, manganèse, cobalt, charbon et gaz méthane congolais.

Les Etats-Unis peuvent également aider la RDC à améliorer l’agriculture, à rentabiliser ses ressources énergétiques. Il revient aux dirigeants congolais de saisir cette opportunité pour présenter des projets rentables dans le but d’attirer les investisseurs américains.

Il est bien entendu qu’un accent particulier sera mis sur l’environnement politique et celui des affaires. D’une part, sécuriser les institutions nationales en faisant de l’Armée et de la Police de véritables socles des institutions républicaines. De l’autre, assainir les milieux des affaires grâce à des réformes au niveau de l’Administration publique.

Partout où elle est passée, Hillary Clinton a insisté sur la bonne gouvernance et le respect de la démocratie. Elle relaie le discours de Barack Obama qui avait tenu à dire à Accra que les Etats-Unis travailleront avec les pays africains qui feront preuve de bonne gouvernance et de démocratie. Cette question ne manquera pas de faire le tour de la table

01 août 2009

Golden Misabiko-Joseph Kabila : Chronique d’un duel

Officiellement arrêté le 24 juillet dernier pour avoir écrit que la RD Congo aurait vendu du minerai d’uranium aux régimes iranien et nord-coréen, Golden Misabiko a, en réalité, quelques vieux comptes à régler avec le «raïs» Joseph Kabila. Les deux hommes se détestent «chaleureusement». Congoindependant a fouillé des documents d’archives pour comprendre la problématique.

«Exigeons de la Justice congolaise, la libération de Monsieur Golden Misabiko, car les faits mis à sa charge (atteinte à la sûreté de l’état et diffamation) sont imprécis et obscurs». C’est un passage tiré de la Déclaration publiée jeudi 30 juillet par des organisations de la société civile de la province du Katanga suite à «l’arrestation arbitraire et la détention» du président de la section «katangaise» de l’Asadho. Ces organisations appuient sans réserve «les conclusions du rapport publié par Asadho/ Katanga» sur la mine d’uranium de Shinkolobwe et assurent que les pouvoirs publics sont en possession «de toutes les informations relatives à la continuité de l’exploitation clandestine de cette mine uranifère». Au-delà de la question relative à l’exploitation de l’uranium, il existe un «vieux contentieux» entre «Golden» et «Joseph». A Kinshasa, le ministre de la Communication et des médias a déjà qualifié les faits en parlant de «haute trahison». Question : Va-t-on assister à une «lutte finale» sous la forme d’une parodie de procès ?

L’exécution du commandant Masasu

Qui est Golden Misabiko Muchega ? Originaire de la province du Sud Kivu, «Golden» est ce qu’on pourrait appeler un «combattant» des droits et libertés. C’est aussi un combattant de la vérité. La vérité vraie. L’homme a acquis une notoriété planétaire pour avoir été le premier à annoncer, l’exécution du commandant Anselme Masasu Nindaga, un des quatre têtes d’affiche de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) et ancien conseiller spécial du président Laurent-Désiré Kabila. Interrogé par «La Voix de l’Amérique», en décembre 2000, Misabiko révélait que la mise à mort a eu lieu le 25 novembre 2000 à Pweto, dans la province du Katanga. En bon défenseur des droits humains, il a dénoncé au passage que cette exécution ait eu lieu en application d’un procès expéditif mené par la Cour d’ordre militaire laquelle ne laissait aucune place au droit de la défense. Embarrassé par ce «scoop», She Léonard Okitundu, alors chef de la diplomatie congolaise, finit par confirmer l’information. Reste que Misabiko est arrêté par des agents de l’ANR (Agence nationale de renseignements). Il est relâché quelques jours après.

Kabila est mort, vive Kabila !

Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila meurt dans des conditions mystérieuses non élucidées à ce jour. Dix jours après soit le 26 janvier, le général-major Joseph Kabila est investi en qualité de président de la République dans des circonstances toutes aussi énigmatiques. Pendant que les Congolais s’époumonaient sur le «caractère dynastique» de cette succession, le nouveau président américain Georges W. Bush, interrompt le débat en adressant ses «félicitations» à son homologue de la RD Congo. Son message commence par deux mots magiques: «Mister Président, …». Pour la «communauté internationale», la cause est entendue. Adoubé par la puissante Amérique, «Joseph» a les coudées franches pour «travailler». Et dire que le monde occidental – Washington, en tête - a œuvré à l’éviction de Mobutu Sese Seko au motif que celui-ci constituait un «obstacle» à la démocratisation dans l’ex-Zaïre.

GLM

Le 5 février 2001, Misabiko est à nouveau interpellé à Lubumbashi par des agents de l’ANR. Vingt-quatre heures après, il est transféré à Kinshasa. Ses déclarations sur l’exécution du commandant Masasu continuent à le poursuivre. Destination : l’immeuble GLM (Groupe Litho Moboti). Les «libérateurs» du 17 mai 1997 ont transformé ce paisible endroit situé dans la très huppée commune de la Gombe en un lieu de détention et de tortures où officient des agents de la sécurité présidentielle (GSSP). A quelque chose malheur est bon, Golden partage sa cellule avec plusieurs «Kadogo», les fameux enfants soldats partis d’Uvira jusqu’à Kinshasa en compagnie d’un certain «commandant Hyppo», mieux connu désormais sous le patronyme de Kabila. Prénom : Joseph.

Exil en Suède

Après plusieurs semaines passées au «GLM», Golden est transféré à la prison centrale de Makala. Il est relaxé le 13 septembre 2001. Son retour à Lubumbashi ne se passe pas sans heurts. Il fait l’objet d’une filature permanente de la part des «James Bond» de l’ANR locale. C’est ainsi qu’il décide de partir en exil. Destination : la Suède. Une sorte de repli stratégique. L’homme regagne le pays en juin 2004. Il reprend aussitôt ses activités. Fils du leader de la sécession katangaise Moïse Tshombe, «André» est arrêté mi-mai pour complicité dans «une tentative de sécession ». Le 2 juin 2005, Misabiko qui enquêtait sur cette affaire est «enlevé» par des éléments de l’Agence. L’acte est dénoncé dans un communiqué de l’Asadho : «L’Association Africaine de défense des Droits de l’Homme, représentation du Katanga, Asadho/Katanga en sigle, dénonce l’enlèvement de l’un de ses membres en la personne de Monsieur Golden Misabiko ce jeudi 02 juin 2005 par trois agents armés de l’Agence nationale de renseignements, ANR/Katanga, en sigle sur ordre de Messieurs Jules Katumbwe et Théo Kiakwima respectivement directeur provincial et directeur adjoint chargé des opérations de ses services.»

Que reproche-t-on à Misabiko ? «Il lui est reproché d’avoir enquêté et fait des déclarations déniant tout fondement aux poursuites menées contre Monsieur André Tshombe et consorts dans le dossier de «la sécession au Katanga», note le communiqué. L’association de relever que depuis que Misabiko est rentré de son exil en Suède, «il fait toujours l’objet de harcèlement et de filature de la part des agents de l’ANR/Katanga.»

Lettre ouverte à Joseph Kabila

Le 20 octobre 2006, Golden prend son courage à deux mains. Il adresse au «raïs» Joseph Kabila une «lettre ouverte» digne d’un réquisitoire. Le courage cohabite allègrement avec la témérité. L’homme reste courtois mais d’une fermeté impitoyable : «A Monsieur Joseph Kabila, président de la République. Je vous écris cette lettre que j’estime très grave pour exprimer l’indignation et la honte que votre personne cause à toute l’humanité en général et au peuple congolais, votre victime en particulier», écrit-il en liminaire. Et d’ajouter : «J’espère que cette lettre grave vous parviendra en main propre pour que vous puissiez vous rendre compte que les Congolais ne sont pas des imbéciles. Cette lettre est l’expression des frustrations des millions de mes compatriotes que vous tuez quand vous voulez ou dont vous crachez dans les bouches quand il vous plaît. Je suis de ceux courageux, qui malgré vos armes, vos poisons et vos intimidations vous adressent cette lettre grave qui vous rappelle ce que vous êtes. Monsieur, vous devez cesser d’être le Président de ce pays et d’en avoir l’ambition de devenir un jour. Je vous le rappelle c’est une honte pour le peuple.»

Golden change le fusil d’épaule. Il élude le mot «président» et déverse aussitôt un tapis de bombes. Il évoque quatre sujets majeurs : l’identité de «Joseph», le massacre des Hutus lors de la guerre dite des «Banyamulenge», l’exécution du commandant Masasu et la disparition de LD Kabila. Les accusations sont graves. «Monsieur Joseph Kabila,, assène-t-il, voici quelques graves vérités sur vous : votre identité est fausse. Vous le savez, et je le sais aussi que les noms que vous portez sont faux. Quelle légèreté et bassesse pour le pays !» «Vous avez participé personnellement dans les crimes contre l’humanité et le génocide du Rwanda, vos mains ont versé le sang et ont été dénaturées vous le savez pertinemment bien. Votre commando redouté a massacré hommes, femmes et enfants dans les camps des réfugiés de Sake, Mugunga, Rutshuru ; vous avez ordonné de creuser des fosses communes et vos victimes y furent jetées.» «A Tingi-Tingi, en présence des organisations humanitaires, vous avez impitoyablement et sans cœur, massacré une population fuyant la guerre, estimée à plus de douze mille âmes qui était entrain d’être soulagée par ces Ong de charité dans des gares de la voie ferroviaire entre Kindu et Kisangani. A Kisangani, vous, en tant que commandant de l’axe, avez massacré plus de 350.000,( trois cent cinquante mille) êtres humains ( ceci est documenté dans les rapports des Nations unies, voir Garreton Roberto). Dans la province de l’Equateur, sous votre commandement, vous avez beaucoup tué. Les corps de vos victimes étaient jetés dans le fleuve ou enterrés dans les fosses communes.»

S’agissant de la mort de Kabila père, Golden accuse l’ancien chef d’état-major des forces terrestres d’en être l’auteur : «C’est vous qui avez tué Laurent Désiré Kabila. Ne croyez pas que les Congolais sont si idiots pour ne pas connaître vos crimes. Vous avez, dans ce processus d’assassinat de LD Kabila, tué le commandant Masasu Nindaga Anselme à Pweto. Vous avez, vous-même, accompagné l’expédition de la mort et vous avez assisté à son exécution et ainsi que celle d’autres infortunés. Cela fut la première étape d’une action qui vous amenait à abattre LD Kabila.» «De retour à Kinshasa, vous avez massacré, des jeunes gens civils ou militaires originaires des Kivu ( Bashi, Bavira, Nande, Rega, Bembe, …)».

Parlant de l’immeuble «GLM», son ancien lieu d’incarcération, Misabiko écrit : «A cet endroit, vous avez gardé, torturé et tué plus de 475 jeunes gens que vous preniez par groupes de 25 pour aller les exécuter à Kibomango ou les jeter dans le fleuve Congo. J’ai subi, j’ai vu et j’ai survécu.»

En guise de conclusion, Golden parle de l’uranium : «Vous vendez de l’uranium en provenance de Shinkolobwe, à l’Iran et à la Corée du Nord. Ce minerai dangereux que vous faites exploiter sans normes expose le monde entier, en général et le Congo en particulier.» Il poursuit : «Les faits criminels ci haut cités sont aggravés par le fait que vous vous droguez chaque jour. En effet, vous prenez la cocaïne par la voie intraveineuse chaque jour, une fois le matin et une fois le soir. Cette pratique non seulement qu’elle rend le Congolais ridicule, pour ceux qui vous connaissent, mais elle met toute la nation en danger de mort. Nous courrons le risque de vous voir un jour, sous l’effet de la cocaïne, tuer les gens à volonté. Il sera trop tard.»

Golden persiste et signe

Dans un entretien avec Congoindependant en date du 21 octobre 2006, Misabiko persiste et signe. Questions : Dans votre lettre ouverte à Joseph Kabila, vous écrivez ce qui suit : «Votre identité est fausse. Vous le savez et le je le sais que les noms que vous portez sont faux ». Quels sont les éléments en votre possession ? «Je persiste et signe : l’homme qui est à la tête de la République démocratique du Congo ne s’appelle pas Joseph Kabila. Son identité est fausse.» Quelle est, selon vous, son identité réelle ? «Son identité réelle est Hyppolite Christopher Kanambe». Certains pourraient objecter que c’est «du déjà entendu» ! Que répondez-vous ? «C’est vrai que tout le monde le dit. Il reste que c’est la vérité. Pour le moment, je n’entre pas dans les détails. Je tiens à ajouter qu’il n’est pas le fils de Laurent-Désiré Kabila.»

Pourquoi, selon vous, la famille biologique de feu Kabila ne dit pas sa part de vérité pour mettre fin à cette controverse ? «Cette famille ne pourra pas clarifier cette situation. Le «Monsieur» qui a usurpé le nom de Kabila est entrain d’utiliser ce patronyme pour garder le pouvoir. La famille biologique de Laurent-Désiré Kabila est entrain de se faire corrompre politiquement du fait que le nom de «Laurent» est faussement pérennisé par «Joseph». Sur le plan économique, cette famille garde le silence pour continuer à jouir de sa part du «butin». Les membres de la famille de LD Kabila jouissent des faveurs pour l’exploitation minière. Le pouvoir leur accorde diverses facilités notamment en argent. La famille de Laurent-Désiré est corrompue par l’homme qui se fait appeler Joseph Kabila.»

Dans votre lettre ouverte, vous écrivez que Joseph Kabila se drogue à la cocaïne par voie intraveineuse. C’est une déclaration grave ! Pouvez-vous le prouver ? «Je suis un fouineur. Je suis un investigateur. Je peux prouver ce que je dis. Toutefois, même devant un peloton d’exécution, je ne révélerai jamais l’identité de ma source. Je peux en revanche vous affirmer qu’il s’agit d’une source digne de foi. Une source sûre. Je répète que Joseph se drogue à la cocaïne chaque matin et soir. A une personne qui l’exhortait à arrêter l’usage de stupéfiants, Joseph lui a répondu qu’il se «shoote» depuis l’âge de douze ans et qu’il ne sait plus se passer de la drogue. La personne en question m’a avoué qu’il a fait l’objet d’un attentat au cours de la même soirée.»

N’avez-vous pas de craintes pour votre propre sécurité ? «Pas du tout. En faisant cette déclaration, je n’ai en tête qu’un seul but : le salut de notre pays et celui de notre peuple. Je ne peux en aucun cas avoir peur de dénoncer la cocaïne que prend un soi-disant président de la RD Congo. C’est une situation qui risque à la longue d’entraîner tout le pays dans un gouffre. Et ce sur le plan tant moral que du bien-être collectif.»

Vous évoquez l’affaire relative au trafic de l’uranium de Shinkolobwe. Avez-vous un complément d’informations ? «Selon les informations en ma possession, Augustin Katumba Mwanke s’est régulièrement rendu à Téhéran en vue de conclure le contrat de vente du minerai d’uranium à l’Iran ainsi qu’à la Corée du Nord. Joseph utilise quelques hommes de son entourage pour ne pas faire apparaître son implication dans ce dossier. Outre Katumba, je peux citer Didier Kazadi Nyembwe, John Kahozi. Sans oublier l’ancien responsable, à Lubumbashi, de l’ANR (Agence nationale de renseignements) qui vient d’être transféré à Kisangani. Il s’appelle Katumbwe Bin Mutindi. Celui-ci a organisé la sortie de l’uranium à partir de Lubumbashi vers l’Iran. Au moment où je vous parle, Katumbwe doit être auditionné à Kinshasa à ce sujet. C’est une affaire vraie.»

Des témoins assurent que Joseph Kabila se trouvait, le 16 janvier 2001, à Lubumbashi. Dans votre lettre, vous l’accusez pourtant d’avoir «tué» Laurent-Désiré. «Joseph avait quitté Kinshasa un jour avant l’annonce de la mort de Laurent-Désiré Kabila. Avant de quitter la capitale, il avait ordonné le désarmement des soldats notamment du camp Ceta et Kokolo de peur que les militaires de ces garnisons réagissent à l’annonce du décès de «Laurent». Au palais de marbre, tous les éléments de la garde rapprochée ont également été désarmés. Après avoir planifié l’heure à laquelle Laurent-Désiré devait être abattu, Joseph a pris son avion pour aller à Lubumbashi. C’est lui qui a coordonné l’assassinat à partir de Lubumbashi. Je voudrais ajouter que le 15 janvier 2001, Sifa Mahanya se trouvait en détention à la prison de Makala. C’est Joseph qui l’a fait extraire ce même jour. En contrepartie, Sifa a accepté de jouer le jeu en se présentant comme la maman du nouveau président.»

Vous imputez également à Joseph Kabila l’exécution du commandant Anselme Masasu Nindaga ! «En organisant l’exécution de Masasu à Pweto en compagnie de John Numbi et de Charles Alamba, Joseph voulait provoquer une sorte de psychose à Kinshasa. Je peux vous affirmer que c’est John Numbi qui avait abattu Masasu. Alamba est venu l’achever. Dès ce moment, Joseph a fait répandre des bruits selon lesquels les jeunes soldats venus du Kivu ne voulaient plus de Laurent-Désiré Kabila après la mort de Masasu. Joseph ne cessait de dire à qui voulait l’entendre que les soldats originaires du Kivu préparaient un complot visant à assassiner LD Kabila. (…). Durant la journée du 16 janvier 2001, Joseph était accroché aux nouvelles de Kinshasa jusqu’au moment où un correspondant l’a assuré que «le baobab est tombé». C’est ainsi qu’il a pris un aéronef pour rejoindre Kinshasa dans la soirée. Ce n’était nullement pour participer au deuil. Le corps de Laurent-Désiré a été emmené à Harare, via Lubumbashi, afin d’ouvrir le coffre du disparu - grâce à ses empreintes - dans la capitale zimbabwéenne. Voilà pourquoi je dis que Joseph a tué Laurent-Désiré Kabila. Je sais que celui-ci n’était pas un saint homme. Il reste qu’aucun crime ne peut rester impuni. En tant que défenseur des droits de l’homme, je ne peux que dénoncer et condamner ce genre d’actes.»

Qui est finalement l’homme qui s’appelle Joseph Kabila? «Joseph est un citoyen rwandais. Avant d’arriver au Congo, il a évolué au sein de l’armée patriotique rwandaise sous les ordres du général Paul Kagame. Lorsque les Hutus ont fui le Rwanda pour se réfugier dans les provinces du Kivu, le nouvel homme fort de Kigali se sentait en insécurité. Joseph fait partie des soldats qui ont été chargés, fin 1996, par Kagame, d’«éloigner» les Hutus le plus loin possible des frontières du Rwanda. Hyppo Kanambe et James Kabarebe conduisaient cette opération. Dès que Laurent-Désiré a été assassiné, le régime de Kigali a retrouvé sa quiétude. Kagame était aux anges quand Joseph est arrivé au pouvoir. D’ailleurs, le RCD-Goma a trouvé son compte en trouvant sa place dans les institutions gouvernantes du pays. J’ai aujourd’hui la conviction que l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) a bénéficié du soutien de certaines multinationales pour chasser Mobutu du pouvoir. Les mêmes multinationales soutiennent aujourd’hui Joseph. Il suffit de voir la tolérance de la communauté internationale à l’égard du chef d’Etat sortant.» (L’interview a été réalisée avant le second tour de l’élection présidentielle de 2006, Ndlr).

Tout ceci n’explique pas les raisons ayant poussé Laurent-Désiré à présenter Joseph comme étant son fils. «Beaucoup de gens allèguent effectivement que Laurent-Désiré l’avait présenté comme son fils. Je n’ai souvenance d’une quelconque présentation officielle dans ce sens.»

Comment expliquez-vous le fait que l’actuel président se nommait Joseph Kabila du vivant de Laurent-Désiré ? «C’est à l’étape de Kisangani, en mars 1997, qu’il avait adopté l’identité de Joseph Kabila. C’était un subterfuge pour le faire accepter par la population. C’est Eddy Kapend qui avait proposé qu’il prenne cette identité. Au moment où il atteint Kisangani, tout le monde désignait Joseph sous l’appellation de «commandant Hyppo». A Lubumbashi, le bruit s’est répandu qu’il y a un certain Joseph Kabila parmi les soldats. Je tiens à vous dire que Joseph connaissait Laurent-Désiré. Celui-ci n’a jamais fait faire un acte juridique reconnaissant Hyppolite Kanambe comme son fils. Des journalistes disent qu’ils n’ont jamais entendu Laurent-Désiré désigné Joseph sous les termes «mon fils». Je peux vous dire également que Joseph n’a jamais dit «mon père» pour désigner LD Kabila. J’ai des témoins qui ont surpris un jour Joseph, parlant de Laurent-Désiré de son vivant, dire en swahili : «Ule muntu iko n’akili ?». Traduction : cet individu est-il vraiment intelligent ?

Vous affirmez avoir été témoin de l’élimination physique de plusieurs centaines de soldats originaires du Kivu. «Après avoir dénoncé l’exécution de Masasu, j’ai été arrêté et «enlevé» de Lubumbashi avant d’être transféré au «GLM» à Kinshasa. J’ai été le témoin malheureux des «disparitions». Chaque jour aux environs de minuit, des militaires venaient prendre une trentaine de jeunes militaires détenus qui partaient pour ne plus revenir. J’ai pu obtenir des témoignages dans les cellules où ils étaient. Certains ont été tués dans les couloirs du GLM. On leur passait un sac à la tête jusqu’à la taille avant de leur tordre le cou à un angle de 100 degrés…»

Clandestinité

La lettre ouverte destinée au "raïs" a provoqué le plus grand courroux dans la "Kabilie". Les agents de l’ANR sont lancés aux trouses de Golden. Celui-ci n’a pas d’autre choix que d’entrer en clandestinité. Une situation devenue coutumière pour les journalistes et les défenseurs des droits humains en RD Congo. Coup de théâtre : le 21 juillet 2007, Misabiko est élu président de l’Asadho/Katanga. Il déclare : «J’entends placer mon mandat au service de l’intérêt général, de la lutte pour la promotion de la dignité de l’homme congolais, de l’instauration de la démocratie et de la bonne gouvernance. L’Asadho Katanga se veut un espace d’écoute des véritables attentes de la population. En ma qualité de président provincial, je n’hésiterais pas à stigmatiser, le cas échéant, les dysfonctionnements qui affectent la vie socio-politique au Katanga».

Les organisations de défense des droits humains basées au Katanga exigent la libération pure et simple de Golden Misabiko. Elles redoutent sans doute que les antécédents énumérés ci-haut privent leur camarade du bénéfice d’un procès serein, juste et équitable. A tort ?

B.A.W

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