24 septembre 2009
La Libre : Corruption : opération "Tolérance zéro" à Kinshasa
Le président Kabila a lancé une opération de nettoyage contre les corrompus. Mais seuls des "petits" paient, jusqu'ici, notent les Kinois.
Tolérance zéro", le slogan est dans la bouche de tous les officiels. Prononcé du ton offensif de celui qui est bien décidé à se mettre du côté des chasseurs de corrompus, l’ouverture de la saison ayant été annoncée du sommet de l’Etat, ou de l’air désabusé de celui qui n’en attend rien de plus que de la précédente opération, "La récréation est finie", retombée comme un soufflé après avoir soulevé les espoirs de nombreux Congolais.
Le président Joseph Kabila a annoncé lors de la fête nationale, le 30 juin, son intention de mettre de l’ordre dans le secteur de la Justice. Les premières têtes sont tombées en juillet : nonante mises à la retraite et révocations. Puis est venu le tour du ministère des Affaires foncières. "Quelque 80 % des procès au Congo sont des affaires foncières", explique un proche du chef de l’Etat, "nées des magouilles des fonctionnaires. Il y a parfois quatre certificats d’enregistrement originaux pour la même parcelle de terrain ! C’est le ministre qui choisit ceux qui doivent être révoqués. Par la date du certificat litigieux, on sait qui en est responsable."
Les Congolais sont partagés dans leur approbation ou leur rejet de l’opération de nettoyage des écuries d’Augias. Il s’agit surtout de présenter le verre comme à moitié plein ou à moitié vide, car tous, au fond, sont d’accord sur les avantages et les défauts de "Tolérance zéro".
"Quand Kengo était aux affaires (NdlR : au début des années 80), la situation était normale", commente cet ancien fonctionnaire du ministère de la Justice : "Il y avait un peu de corruption et beaucoup de magistrats intègres. Puis est arrivée la crise économique. Dans les années 90, la corruption des magistrats a augmenté. Aujourd’hui, quand un juge voit un avocat, il lui dit : "Maître ! J’ai ton dossier, hein !", une manière de lui dire que, s’il paie, son affaire est dans le sac. Et il gagne le procès. Si la partie adverse décide de faire appel, on va voir l’avocat de celle-ci en lui disant que s’il laisse dépasser le délai d’appel, il sera payé sous la table"
Feu Laurent Kabila avait cru régler le problème en plaçant d’office à la retraite 315 magistrats. "Du coup, il n’y a plus eu assez de juges expérimentés pour la Cour de cassation et la Cour constitutionnelle", poursuit notre ancien fonctionnaire. "Et beaucoup de bavures y ont été commises, y compris pour les élections. A cela s’ajoutent les effets de la crise économique sur l’enseignement, qui a beaucoup baissé en qualité. Au final, on trouve des juges qui ne savent pas rédiger un jugement. Certains font écrire leur sentence par un avocat et signent. Pas gratuitement, bien sûr. Car la première chose à laquelle pensent juges et avocats, c’est "la coop"(1). Dans les années 80, on voyait souvent des avocats dire à leur client : "Je vous conseille de plaider les circonstances atténuantes; si vous ne voulez pas, adressez-vous ailleurs parce que je ne crois pas que vous puissiez convaincre de votre innocence". Aujourd’hui, tous les avocats disent à leur client qu’il va gagner son procès, pour lui soutirer de l’argent. Mais comment s’en étonner, un jeune avocat est si mal payé qu’il ne peut même pas s’acheter du mobilier pour s’installer. Un de mes vieux amis, un avocat qui enseigne le droit, est si dégoûté de voir ses anciens élèves, aujourd’hui juges, tordre le cou au droit parce qu’ils ont été corrompus, qu’il ne se dérange même plus pour plaider Evidemment, cela a des conséquences : les investisseurs ne risquent plus leur argent dans un pays où les juges n’ont pas honte de ruiner une entreprise parce qu’ils ont été payés pour le faire."
Si les juges ne trouvent personne pour plaider qu’ils sont honnêtes, les avis sont plus partagés sur l’opération "Tolérance zéro". Non loin d’un calicot invitant à dénoncer la corruption, "acte héroïque et patriotique", ce cadre d’entreprise publique (non frappée par l’opération) soupire, goguenard. "Bien sûr, on espère que la peur de la sanction diminuera la corruption. Mais ce sera sans doute "chassez le naturel, il revient au galop". On y croira si cette opération n’est pas un feu de paille et si elle touche tout le monde. Mais jusqu’ici, ce ne sont que les faibles - ceux qui n’ont pas de relations qui sont punis. Il y a combien d’administrateurs d’entreprises publiques en prison ? Combien de ministres ? De députés ?"
Un prêtre renchérit : "Le Président a dit qu’il n’y avait pas, autour de lui, quinze personnes capables de gérer; mais aucun ministre n’a démissionné. Et quand le ministre des Finances, surnommé "Monsieur 40 %" , va faire une causerie morale au Bas-Congo, peut-on faire autre chose qu’en rire ?" Et de s’inquiéter de la fonction éducative de l’opération "Tolérance zéro". "On ne sait pas ce qui est reproché aux révoqués, qui n’ont pu présenter de défense. Dans ces conditions, quelle fonction formatrice peut avoir cette opération ? Ont-ils été éjectés parce qu’ils sont mauvais ou pour faire de la place à des amis ou des frères d’ethnie, se demande-t-on . "
Notre cadre offre une réponse : "La peur de la sanction ne sera éducative que si elle s’accompagne d’un effort pour éliminer les causes de la corruption, à savoir l’impossibilité de vivre avec son salaire et l’absence de contrôle. Pourquoi ne vérifie-t-on pas d’où vient l’argent de tous ceux qui construisent des villas ? Sinon, entre la peur d’être révoqué et la peur d’avoir faim, le fonctionnaire n’hésitera pas longtemps !"
(1) Argot kinois pour dire "la coopération", c’est-à-dire la corruption.
Marie-France Cros
22:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22 septembre 2009
Radio Okapi - Déchéance de J. Makila : le MLC à la reconquête du gouvernorat,
Mbandaka observe un calme relatifAu lendemain de l'arrêt de la Cour suprême de justice (CSJ) dans l'affaire José Makila, on enregistre des réactions. Son parti, le MLC dit respecter la décision de la haute cour et s’apprete à présent pour la reconquête du gouvernorat de l'Equateur. Un sénateur AMP estime que le dossier a été trop politisé. Pendant ce temps, un calme relatif règne à Mbandaka, capitale de la province de l’Equateur, rapporte radiookapi.net
Le Mouvement de Libération du Congo, MLC, parti auquel appartient l'ex gouverneur de l'Equateur, déclare que même s'il n'est pas satisfait par cette décision, il respecte la décision de la haute cour. Le Mlc attend maintenant s'engager dans la reconquête du gouvernorat de l'Equateur.
Et dans cette bataille démocratique, il espère que l'Alliance de la majorité présidentielle, AMP, ne va pas utiliser les deniers publics pour corrompre les députés, comme le soutient le secrétaire exécutif adjoint du MLC, Thomas Luhaka : «Même si la décision de la Cour suprême de justice ne nous enchante pas, nous ne discutons pas sa décision. Donc, nous prenons acte. La dernière des choses : nous espérons sincèrement qu’en ce qui concerne la province de l’Equateur, l’AMP va se soumettre à un combat politique loyal et ne va pas utiliser l’argent du trésor public ou des moyens sordides pour opérer un énième « old up » électoral en province.»
Du côté de l’AMP, le sénateur Henri Thomas Lokondo, s'incline également devant la décision de la cour. Mais, placé devant sa conscience, le parlementaire originaire de l'Equateur, pense que ce dossier a été trop politisé : «Je suis légaliste. Je respecte la sentence de la Cour suprême de justice. Mais je suis aussi juste vis-à-vis de ma conscience, pour dire que ce dossier a été trop politisé et quand un dossier judiciaire est trop politisé, dans la conscience des citoyens, il perd sa valeur populaire. C’est le cas de du dossier Makila »
Pour le sénateur Lokondo, ce dossier a été politisé. Car comment peut on expliquer qu’un petit dossier comme celui-là puisse prendre 9 mois au niveau de la justice ? S’interroge-t-il. Comme on ne cessait de le dire, dans d’autres provinces, il y a eu des cas similaires mais qui avaient pris deux ou trois semaines, poursuit-il, avant de constater la manière dont les choses se sont déroulées.
Mbandaka : calme relatif
Pas de controverse à Mbandaka sur un arrêt attendu par la population, pour mettre fin a la crise politique qui régne dans la province de l’Equateur depuis janvier dernier. Aussitôt après l’annonce de l’arrêt de la Cour suprême de justice, quelques motards membres de l’ADH, parti du vice-gouverneur de l’Equateur, sont descendus dans le centre-ville de Mbandaka. Ils klaxonnaient pour fêter la destitution de José Makila à la tête de l’Equateur. Mais la soirée a été plutôt calme sur l'ensemble de la province et à Mbandaka même, où aucun mouvement particulier n'a été signalé. Toutefois, à la permanence de la Fédération du Mouvement de Libération du Congo, parti de l’ex-gouverneur Makila, quelques militants se sont spontanément réunis, dans le calme.
Dans plusieurs villes et localités de l’arrière province, la population dit ne pas être au courant de cette information. Notamment à Gbadolite, Bumba, Gemena et Boende. Les nombreux militants du MLC sont dans la désolation et le mutisme. Car, José Makila était, selon eux, leur dernier rempart, après l’arrestation de leur leader charismatique Jean-Pierre Bemba à la CPI.
Les militants de la majorité présidentielle estiment pourtant que la déchéance de José Makila est l’application de la tolérance zéro prônée par le chef de l’Etat. Et pour la société civile, la force reste à la loi. Mustafa Bosenge, président de la société civile de Boende, appelle les députés provinciaux de l’Equateur à élire cette fois un gouverneur à même de faire sortir l’Equateur du gouffre.
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23:24 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 septembre 2009
LOUIS MICHEL PRESIDENT DU « MONDE » POUR UN AN ?
(Cheik Fita)Louis Michel va-t-il présider l'assemblée générale de l'ONU pour un an, et parmi les dossiers, le dossier RD Congo, nous tous les congolais dedans?

Yves Leterme, ministre belge des affaires étrangères a proposé vendredi à ses pairs du gouvernement, le nom de Louis Michel pour la présidence belge de l’assemblée générale de l’ONU
Un consensus s’est dégagé dans les milieux politiques belges autour de cette désignation.
Pour les Congolais cela n’est pas du tout une bonne nouvelle. Bien au contraire.
De un, lors des élections de 2006, l’homme politique belge a joué un rôle de premier plan pour le processus électoral bien sûr, mais surtout pour des résultats prévus d’avance.
De deux, 2010 marque le cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo par rapport à la Belgique. En filigrane les images de la table ronde, de la sécession katangaise soutenue par la Belgique, de l’assassinat de Lumumba commanditée de Bruxelles, des rebellions, bref, une décolonisation bâclée.
De trois, 2010 doit en principe marquer les élections locales, toujours pilotées à la Zorro par l’abbé Malu Malu , à la tête d’une CEI anticonstitutionnelle.
De quatre, 2010 sera le début de la campagne pour les élections générales de 2011. Au vu des contreperformances du régime issu des urnes en 2006, un grand désir de changement et d’alternance souffle sur le Congo.
Quel pourrait être la position de monsieur Louis Michel dans le dossier « RD Congo » ?
L’homme politique belge avait été en procès contre le représentant de l’UDPS en Belgique, il est actuellement en procès contre deux Congolais pour le dossier Congo.
Peu de Congolais sont enclin à assister un remake de 2006.
Si l’ONU est pour tout le monde,
Si l’administration Obama veut se démarquer de la politique africaine de Bush,
Si la Belgique ne veut pas radicaliser la position des Congolais contre elle, il est préférable qu’une autre personnalité politique soit désignée à la place de Louis Michel. Yves Leterme, actuel ministre belge des affaires étrangères a encore entre ses mains toutes les cartes.
Il n’y a pas de honte à faire machine arrière quand on s’est trompé.
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14 septembre 2009
Jeune Afrique: De Gucht, l'autre Belge
«
Nous sommes des gens qui ont l’habitude d’appeler un chat un chat, et une carpe une carpe. Et de ne pas prendre une carpe pour un lapin. » C’est sous la forme de ce portrait chinois que, le 1er septembre, Louis Michel a vanté les qualités de son compatriote et successeur, Karel De Gucht, 55 ans. Ce jour-là, le nouveau commissaire au Développement et à l’Aide humanitaire passait son audition devant le Parlement européen.
Un exercice dont le libéral flamand, réputé pour son franc-parler, s’est globalement bien tiré, malgré les pièges que les eurodéputés n’ont pas manqué de lui tendre. La socialiste belge Véronique De Keyser lui a ainsi demandé s’il se laisserait à nouveau aller à des « dérapages diplomatiques incontrôlés », allusion à ses propos de 2004 fustigeant le manque de crédibilité des hommes politiques congolais. « Je peux essayer. Quand on dit la vérité, il y a des gens qui réagissent », a-t-il rétorqué. Et de préciser qu’avant de dire publiquement ce qu’il pensait de la classe politique de ce pays, il en avait fait part, en tête à tête, au président Joseph Kabila.
De Gucht a par ailleurs affirmé son intention d’agir au Congo pour lutter contre les violences sexuelles faites aux femmes et contre le commerce minier illicite, qui nourrit les réseaux criminels. Il s’est également engagé en faveur du maintien de l’aide au développement en cette période de crise.
En libéral convaincu, il s’est fait l’avocat des accords de partenariat prônant le libre-échange avec les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique). Et a lancé un avertissement à Pékin : « La Chine peut apporter son concours en Afrique, mais il faut qu’elle respecte le cadre international. » Même fermeté affichée sur la question des droits de l’homme. De Gucht a rappelé que les Occidentaux avaient réduit leur aide financière au Rwanda avant que Kigali ne lâche la rébellion de Laurent Nkunda, dans l’est du Congo.
Président du Parti libéral flamand de 1999 à 2004, De Gucht passe pour un homme fidèle à ses convictions et peu enclin à composer. Impression confirmée lors de l’audition du 1er septembre. Ancien ministre des Affaires étrangères, il connaît ses dossiers internationaux sur le bout des doigts et s’est acquis une réputation de travailleur acharné.
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