30 mars 2009
L aprospérité : Bemba-Moreno: match serré!
*Luis Moreno Ocampo a requalifié ce lundi 30 mars, à la Haye, les charges portées contre Jean-Pierre Bemba Gombo. L’état amendé présenté aux juges, révèle que le Procureur de la CPI maintient, contre vents et marées, la responsabilité pénale individuelle de Bemba en tant que Supérieur hiérarchique ou Chef militaire des crimes commis par ses troupes envoyées, en son temps, en mission d’intervention rapide en RCA. Si les représentants des victimes ont jusqu’au 9 avril, pour réagir, les avocats de la défense de Bemba ont, quant à eux, un délai large, pour s’y préparer. C’est le vendredi 24 avril qu’ils seront devant les juges de la Chambre Préliminaire III, à la CPI. La réplique, espère-t-on, au Mlc, sera musclée. C’est un dossier pas comme les autres, à la Cour Pénale Internationale, à la Haye, aux Pays-Bas.
L’affaire Bemba rebondit sur scène. Cette fois-ci, Luis Moreno revient à la charge, pour requalifier les faits, à la demande des juges de la Chambre Préliminaire III. Ce lundi 30 mars, en effet, le Procureur de la CPI a maintenu la responsabilité pénale individuelle de M. Bemba, quelle que soit sa casquette de supérieur hiérarchique ou chef militaire, pour des crimes que ses hommes dépêchés, en son temps, en mission d’intervention rapide en République Centrafricaine, avaient commis. L’état amendé présenté hier aux juges, sur des charges retenues contre Bemba, démontre, si besoin en était, que Luis Moreno Ocampo est déterminé à faire valoir ses vues et thèses jusqu’au bout.
Il est resté le même. Son état amendé est presque une copie conforme ou, à la limite, une caricature de dix mille pages des preuves qu’il avait initialement déposées sur la table des juges. En des termes précis, il maintient la responsabilité pénale individuelle et présente, par contre, les éléments liés à la responsabilité de Chef militaire ou, même, de supérieur hiérarchique, comme une responsabilité subsidiaire à cette responsabilité pénale individuelle déjà portée à la connaissance des juges. Voilà tout. Le 9 avril, au plus tard, les représentants des victimes ont droit d’introduire, s’ils le veulent, des observations. Le collectif des avocats de la défense de Bemba dispose d’un délai large.
C’est le vendredi 24 avril que sa réplique est attendue. Une réplique voulue musclée, au Mlc, à Kinshasa. Le match, croit-on, s’annonce serré. Brèche ouverte La Chambre préliminaire III de la Cour pénale internationale (CPI) avait décidé, le 5 mars dernier, d’ajourner l’audience de confirmation des charges dans l'affaire Le Procureur c/ Jean-Pierre Bemba Gombo et de demander au Procureur d’envisager de soumettre à la Chambre un document amendé contenant les charges. L’article 61 (7) (c) du Statut de Rome prévoit cette possibilité, rappelait-elle, dans un communiqué daté du 5 mars dernier. En effet, dans sa décision du 4 mars 2009, la Chambre indiquait que les éléments de preuve présentés par le Procureur semblaient établir qu’un crime différent, relevant de la compétence de la Cour, a été commis.
Les juges estimaient ainsi que, sans préjuger de la responsabilité pénale individuelle alléguée de M. Bemba (article 25 du Statut), la qualification juridique des faits qui lui sont reprochés pourrait indiquer un autre type de responsabilité pénale, à savoir celle en tant que chef militaire et supérieur hiérarchique (article 28 du Statut). Voilà pourquoi, ils demandaient alors au Procureur de leur présenter, au plus tard le 30 mars 2009, un état amendé des charges traitant de cette question. Par la même occasion, la Chambre invitait la Défense à répondre à ce nouveau document par écrit au plus tard le 24 avril 2009, et les représentants des victimes à lui faire parvenir leurs observations au plus tard le 9 avril 2009.
Les juges indiquaient, enfin, qu’ils rendront publique leur décision sur la confirmation éventuelle des charges à l’encontre de M. Bemba dans un délai de 60 jours à compter de la réception de la dernière soumission écrite. Chronologie des faits L'audience de confirmation des charges dans l'affaire Le Procureur c/ Jean-Pierre Bemba s’est tenue du 12 au 15 janvier 2009 devant la Chambre préliminaire III, à La Haye. Jean-Pierre Bemba Gombo, ressortissant de la République démocratique du Congo (RDC), président et commandant en chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), a été arrêté le 24 mai 2008 par les autorités du Royaume de Belgique, suite à un mandat d'arrêt délivré sous scellés par la Cour pénale internationale le 23 mai 2008.
Il a été remis à la Cour le 3 juillet 2008. Selon l'Accusation, Jean-Pierre Bemba Gombo serait pénalement responsable, conjointement avec une autre personne ou par l'intermédiaire d'autres personnes, de cinq chefs de crimes de guerre (viols, tortures, atteintes à la dignité de la personne, notamment des traitements humiliants et dégradants, pillages et meurtres) et de trois chefs de crimes contre l'humanité (viols, tortures et meurtres) commis sur le territoire de la République centrafricaine pendant la période allant du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003. Béchir se promène Le soudanais Béchir était hier à Doha où il a siégé aux côtés de Ban Ki-Moon, au sommet de la Ligue Arabe.
Recherché par la CPI pour des crimes commis au Darfour, Béchir joue à la diversion. Il se promène, à travers le monde. Le voyage d’hier est le 4ème du genre depuis son inculpation. Il a été en Erythrée, Egypte et en Libye. Au Soudan, son propre pays, il sillonne et danse en tenue de chef coutumier, sans la moindre inquiétude. Il est soutenu, dans cette vaste aventure contre la CPI, par des milliers de sympathisants. Les soudanais, eux-mêmes, sont les premiers à jurer de mourir avec lui, si la CPI venait à oser toucher à la prunelle de ses yeux.
Marcel Ngoyi
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Le potentiel / Wa Mutshimbayi : « Le Congo est sous tutelle rwandaise »
Le communiqué conjoint signé entre la RDC et le Rwanda, par l’entremise de leurs ministres des Affaires étrangères, suscite des commentaires en sens divers. Surtout en ce qui concerne l’autorisation accordée aux troupes rwandaises de traquer les FDLR partout sur le sol congolais. « Le Congo est sous tutelle rwandaise », a affirmé Wa Mutshimbayi, un analyste politique congolais. Entretien avec la rédaction du journal Le Potentiel.
Les gouvernements congolais et rwandais ont dit toute leur satisfaction à l’issue de l’opération « Umoja wetu ». Ne faut-il pas la reconduire pour sécuriser durablement l’Est de la RDC ?
Pourquoi reconduire quand on sait très bien que ce que cette opération a été un échec malgré tout ce que l’on a fait croire à l’opinion. D’ailleurs, Kagame a reconnu, dans une récente interview, que beaucoup d’éléments des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) ne sont pas rentrés au Rwanda. La plupart d’entre eux se sont repliés à l’intérieur du Congo.
Ce qui est grave, c’est de donner à Kagame l’occasion d’envoyer ses troupes sur l’ensemble du territoire national pour traquer les FDLR. Dans tous les cas, on peut se permettre d’affirmer aujourd’hui que le Congo passe sous la tutelle du Rwanda.
On sait qu’à la lecture du communiqué conjoint de la rencontre Rose Mary Musegali-Alexis Thambwe Mwamba, la partie rwandaise a été pleinement informée du processus d’intégration du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), des Patriotes résistants congolais (Maï-Maï) et autres groupes armés au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Comment pouvez-vous expliquer, concernant les rapports entre Etats, cet intérêt manifeste du Rwanda vis-à-vis d’un problème purement interne au Congo ?
Je viens de vous affirmer que le Congo est sous tutelle rwandaise. Tout le décor est planté. Nous sommes en train d’en vivre les épisodes. Quand vous lisez le communiqué conjoint, vous constaterez que, quelque part, il est dit que les troupes rwando-congolaises vont pourchasser les FDLR partout. Cela signifie quoi ? Cela signifie que l’armée rwandaise et les troupes du CNDP peuvent aller partout où bon leur semble. Quand vous avez une armée étrangère sur votre territoire, cela veut dire que vous perdez votre autonomie, votre souveraineté. D’un.
De deux, dans le même communiqué, il est également dit qu’on compte revoir les frontières entre les deux pays, le Rwanda et la RDC. L’histoire nous renseigne que c’est depuis Kabila père que le Rwanda chercher à retoucher cette frontière. La question que l’on est en droit de se poser est celle de savoir si le gouvernement en place a la légitimité de négocier les frontières du pays.
Il est évident que si le CNDP est incorporé dans l’armée – je vous rappelle qu’il y a eu les opérations « Brassage » et « Mixage » en faveur desquelles les troupes du Rassemblement congolais pour la démocratie, RCD, avaient été intégrées dans les FARDC – on donnerait à Kagame cette possibilité de contrôler toute notre armée. Il ne faut pas perdre de vue que le RCD est toujours dans l’Est de la RDC. La même chose est en train d’être rééditée avec le CNDP qui va être intégré dans l’armée nationale. Les troupes du RCD, vous en convenez avec moi, demeurent toujours dans l’Est. Ce qui fait que Kagame a toujours la mainmise sur tout ce qui se passe au sein des FARDC, avec évidemment la complicité du pouvoir à Kinshasa.
Mais que peut-on en retenir alors ?
Beaucoup de gens savent où l’on va en arriver. Mais, personne n’a le courage de dénoncer cela clairement. Tout le monde sait très bien que Kagame va mettre la main sur le Congo. Le scénario se présente à peu près de la manière suivante : première chose à faire, on va créer des provinces qui seront composées des Hutu et Tutsi. Ces derniers vont garder l’armée tandis que ceux-là, c’est-à-dire les Hutu, vont s’occuper la politique tout en travaillant pour le Rwanda. Il se fait toutefois qu’à Kinshasa, personne n’a le courage de le dire.
Un détail à relever : ce n’est ni Kagame ni Kabila qui sont à la base de cette situation. Les maîtres d’œuvre sont connus. Ce sont, en effet, les Occidentaux qui ont exercé des pressions pour que les troupes rwandaises entrent au Congo parce que, au départ, la CIA s’y était opposée. Il n’y a que Louis Michel et Mme Jendaye Frazer qui ont autorisé l’entrée des troupes rwandaises en RDC. Dans tous les cas, ils ne sont pas sûrs qu’Obama joue leur jeu. C’est cela le fond du problème. Mais comme le pouvoir de Kinshasa est très faible, ils pensent mettre le Congo sous la tutelle du Rwanda.
De toute façon, j’ai une crainte que, demain, il y ait retour de la manivelle. Cela est d’autant plus vrai que le peuple congolais a vécu, des années durant, dans l’humiliation. Il est frustré. Dans tous les cas, il ne va pas accepter pendant longtemps cette domination rwandaise, avec comme soubassement les multinationales occidentales.
Une chose est certaine : cela ne va pas durer longtemps. Ceux qui sont dans ce coup doivent comprendre que la « blague » n’ira pas loin. Il faut laisser l’Afrique s’organiser et se développer…
Lors de son récent séjour à Kinshasa, le président français Nicolas Sarkozy a salué l’opération militaire conjointe RDC-Rwanda. Vous devriez vous en réjouir vous aussi…
C’est la politique. On ne peut pas vous dire toute la vérité. Mais je pense que Sarkozy a donné une leçon de patriotisme aux Congolais puisque les Congolais comprennent où sont leurs intérêts et comment les sauvegarder. Peut-être a-t-il fait comprendre aux Congolais qu’il peut les aider. Mais il revient à nous de prendre des décisions. Cela est d’autant plus vrai que notre destin est entre nos mains. La question est celle de savoir si nous sommes capables de gérer ce grand pays. Est-ce que l’élite au pouvoir est capable de gérer l’Etat aujourd’hui ? C’est cela la plus grande question.
Evidemment, poser cette question c’est y répondre : l’élite n’est pas à la hauteur des enjeux et il faut craindre que les choses explosent entre nos mains. Conséquence, on ne saura pas contrôler la situation.
Peut-on déjà parler de la confirmation du leadership rwandais sur les plans politique et militaire dans la sous-région ?
Je parlerai plutôt de l’illusion de leadership. La raison est bien simple : le Rwanda n’a ni moyens intellectuels ni militaires pour jouer ce rôle. Il n’est pas non plus bien loti en termes de ressources humaines pour prétendre jouer un tel rôle. Toutefois, il faut craindre une instabilité permanente en Afrique centrale. Aucun Congolais n’acceptera qu’on coupe un morceau de terre de son pays. Tôt ou tard, le Rwanda retirera ses troupes.
Il faut craindre, comme je l’ai dit, le retour de la manivelle parce que ce n’est pas la première fois qu’on tente de balkaniser notre pays. Souvenez-vous de l’affaire Tshombe avec la sécession katangaise. C’est pour cela que Lumumba est mort. Comme Kabila père est mort à cause du Rwanda, il faut reconnaître aussi qu’on va récupérer notre pays parce qu’avec le sang qui a coulé, on n’aimerait pas que le Congo soit balkanisé. Le Congo a vocation à être la locomotive du développement de l’Afrique centrale.
23:41 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




